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« On a besoin de manger avant de voyager » : des agriculteurs refusent un nouvel aéroport à Mayotte
#Mayotte #aeroport #agriculture
Article mis en ligne le 16 juin 2026
dernière modification le 13 juin 2026

À quelques pas de l’ancienne usine sucrière de Soulou, dans le nord de l’île de Mayotte, une vingtaine d’agriculteurs sont assis sous un kiosque, à l’abri d’un soleil de plomb. Sur le bord de la route, une pancarte orange annonce pour le 8 juin le début de l’enquête publique préalable à la déclaration d’utilité publique (DUP) d’un aérodrome, un projet décrié qui doit sortir des terres fertiles de ce secteur.

D’ici 2036, l’aéroport de Bouyouni-M’Tsangamouji et sa piste de 2 730 m empiéteront sur 300 à 400 hectares de terrains à fort potentiel agricole. « Plus d’une centaine d’agriculteurs vont perdre leurs terres », explique Boinali Saindou, cultivateur. Le 24 mai, ils se sont réunis pour la première fois pour faire entendre leur voix. « Il faut qu’on crée une association pour participer aux réunions sur ce projet », insiste-t-il auprès de l’assemblée.

(...) « L’aéroport va passer juste à côté », déplore celui qui s’attend à voir les aménagements déborder sur son terrain. Ce jeune agriculteur a investi une dizaine de milliers d’euros pour rendre cette terre cultivable et la convertir en bio. (...)

Derrière ses caféiers, son irritation se mêle au bourdonnement de ses abeilles. « J’ai sept colonies. S’il y a un aéroport à côté, je ne pourrai plus faire de miel bio », dit-il. Un rucher biologique doit être éloigné des zones industrielles et entouré de cultures respectant l’environnement sur un rayon de 3 km.

Des indemnisations incertaines (...)

Sacrifier 5 à 10 % de la production alimentaire de l’île (...)

La préfecture de Mayotte a voulu rassurer lors de la signature d’une charte d’engagement du comité de suivi des mesures agricoles (CSMA), début mai. « On ne fera pas cet aéroport sans le monde agricole », a assuré le préfet d’alors, François-Xavier Bieuville, qui a quitté le territoire depuis. Cette charte liste les types de compensations foncières et financières à mettre en œuvre. (...)

Au moment de signer cette charte, Laurent Guichaoua, président de l’Union des coopératives agricoles de Mayotte (Ucoopam), a affirmé rester vigilant. « À Mayotte, la majorité des personnes souhaitent cet aéroport, reconnaît-il. Mais il ne faut pas oublier qu’on a besoin de manger avant de voyager. » Le secteur et plusieurs associations environnementales s’inquiètent pour la sécurité alimentaire de l’archipel, déjà fortement dépendant des importations. (...)

Deux visions agricoles

Face à ces défis agricoles, deux visions s’affrontent. De son côté, la FNSEA, le syndicat majoritaire et productiviste, redoute que cette perte de terres à cultiver aggrave la dépendance de Mayotte à l’extérieur. La présidente de la fédération locale, Laïni Mogné-Mali, espère ainsi que de nouvelles infrastructures compenseront ces pertes à l’échelle du département : « Il faudra moderniser les techniques pour augmenter la production. »

De l’autre côté, le Mouvement de défense des exploitants familiaux (Modef) estime que changer de modèle n’est pas une solution. Il défend plutôt la préservation de la surface agricole, l’agriculture familiale et le jardin mahorais, une technique d’agroforesterie traditionnelle respectueuse du vivant et encore répandue sur le territoire. (...)

« L’idée de l’association n’est pas tant de dire oui ou non au projet, mais de défendre nos intérêts, car si l’État veut vraiment faire l’aéroport, on n’aura pas le choix. »