Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
RFI
En Tunisie, la vidéo d’une femme migrante dénudée et menacée de viol suscite l’indignation
#Tunisie #migrants #femmes #immigration #expusions #racisme
Article mis en ligne le 6 juin 2026

En Tunisie, la vidéo d’une femme migrante dénudée devant sa famille par un Tunisien qui la menace de viol collectif a fait le tour des réseaux sociaux depuis le mercredi 3 juin et suscite l’indignation des internautes. Elle s’inscrit dans un contexte de montée de la haine et de certains propos racistes sur ces plateformes.

La vague d’indignation qu’a suscitée la vidéo d’une femme subsaharienne enceinte dénudée par un adolescent qui la menace d’un couteau et de viol collectif, devant sa famille, n’en finit pas de circuler sur le Facebook tunisien, même si elle n’a pas été encore authentifiée ou commentée par les autorités. Un journaliste tunisien, travaillant pour le média en ligne indépendant Nawaat, a authentifié la vidéo et a pu parler à son auteur qui l’aurait menacé selon son compte-rendu sur Facebook. Elle a été tournée dans la ville de Thyna à Sfax, à l’est de la Tunisie, une région devenue une plaque tournante des départs de migrants subsahariens vers la Méditerranée.

Sur les réseaux sociaux, depuis la diffusion de la vidéo, les statuts indignés pour dire non à la violence et au racisme s’enchaînent, mais ils sont aussi contrebalancés par des commentaires racistes du type « rentrez chez vous » adressés aux Subsahariens ou encore d’autres bien plus violents, appelant à les dégager. (...)

« Ça en devient insupportable, toute cette haine », s’exclame le rédacteur en chef du média en ligne Nawaat, Aymen Rezgui. Le média a publié un édito cinglant pour dénoncer « le laisser-faire généralisé à l’égard de cette violence. On laisse pourrir la situation et on pousse les Subsahariens à quitter le pays de la manière la plus odieuse qui soit », renchérit-il.

Une migrante ivoirienne qui vit en Tunisie depuis 2020 et qui a souhaité rester anonyme rapporte à RFI que la situation est bien pire qu’en 2023, après les propos polémiques du président Kaïs Saïed sur les risques d’un grand remplacement dû à la migration des Subsahariens dans le pays. (...)

« Il n’y a nulle part où l’on se sent en sécurité, on sait maintenant que les gens n’hésitent pas à venir dans les maisons s’ils veulent en découdre avec nous », ajoute-t-elle.
Désinformation sur les réseaux sociaux (...)

Sur le plan politique, les dérapages sont fréquents. (...)

Depuis juillet 2025, la Garde nationale tunisienne organise avec le Croissant-Rouge tunisien et l’OIM, l’Organisation internationale pour les migrations, des campagnes de rapatriement volontaire. Plus de 8 000 ont eu lieu en 2025, un chiffre en nette augmentation par rapport aux années précédentes. Les autorités disent vouloir en atteindre 10 000 d’ici fin 2026, des vidéos de ces rapatriements sont fréquemment diffusées sur les pages officielles ou les médias étatiques. Mais les autorités communiquent peu sur la situation socio-économique tendue, à l’origine aussi des problèmes entre migrants et population locale dans certains quartiers, et les violences dont les Subsahariens font fréquemment l’objet. « Ils sont devenus le bouc émissaire d’une société qui va mal et d’un racisme d’État », estime Messaoud Romdhani, militant au sein de la société civile.

Les témoignages se multiplient (...)

Depuis la publication de la vidéo et face à l’escalade de violences et d’agressions dont sont victimes plusieurs Subsahariens ces derniers jours, un collectif d’associations tunisiennes a également publié un communiqué. Elles y dénoncent la banalisation des crimes racistes et une impunité systématique pour les agresseurs résultant de la « complicité des institutions étatiques », selon le texte.