Les mathématiciens mettent en garde contre les menaces que fait peser l’IA sur leur profession en inondant le domaine de démonstrations plausibles mais erronées
Cette déclaration a été élaborée par un groupe de travail composé de seize chercheurs sur une période de huit mois, à la suite d’une conférence qui s’est tenue à l’université de Leyde, aux Pays-Bas, en septembre 2025. Publiée le 2 juin 2026, la « Déclaration de Leyde sur l’intelligence artificielle et les mathématiques » qui en a résulté a été approuvée par l’Union mathématique internationale, l’organisation non gouvernementale internationale qui organise des conférences et supervise les prix les plus prestigieux en mathématiques, tels que la médaille Fields. (...)
La Déclaration de Leyde, qui a déjà recueilli des centaines de signatures, met en garde contre le fait que les récents développements en matière d’IA menacent les « valeurs caractéristiques » de la recherche mathématique, « souvent d’une manière qui affecte de manière disproportionnée les étudiants et les mathématiciens en début de carrière, et donc l’avenir à long terme de la discipline ».
L’essentiel de la déclaration en cinq points (...)
Tout d’abord, elle souligne que les modèles d’intelligence artificielle peuvent « produire des arguments plausibles mais peu fiables (voire erronés) qu’il est difficile de distinguer de preuves mathématiques correctes ». (...)
Deuxièmement, la déclaration souligne que « les modèles entraînés à partir d’œuvres publiées produisent souvent des résultats qui ne citent pas correctement les œuvres humaines qu’ils synthétisent » (...)
Troisièmement, la déclaration décrit comment l’utilisation de l’IA « peut être encouragée pour elle-même, perturbant nos mécanismes de recrutement, de financement et de reconnaissance (...)
Quatrièmement, la déclaration met en garde contre la recherche en mathématiques « communiquée par des canaux informels tels que des communiqués de presse ou des articles de blog, souvent sans aucun article de recherche ni autre divulgation d’informations nécessaires à une évaluation scientifique ». (...)
En cinquième lieu, la déclaration décrit « l’implication croissante des entreprises technologiques dans la recherche mathématique » comme une menace pour « l’autonomie des mathématiques », (...)
La déclaration de Leiden fait suite à une sortie de chercheurs de l’université de Surrey sur le sujet de l’industrie de l’intelligence artificielle qui submerge l’espace scientifique d’études inutiles
Le rapport de l’université du Surrey soulève une question cruciale : l’intégrité de la connaissance scientifique est compromise par la prolifération d’articles générés par l’IA, souvent superficiels et méthodologiquement fragiles. (...)
Cette crise révèle aussi des enjeux systémiques (...)
l’IA, outil potentiel d’innovation, devient un vecteur de désinformation lorsque détournée par des logiques productivistes ou idéologiques. Ce phénomène s’inscrit dans un paysage plus large où le « slop » IA brouille les frontières entre réalité et fiction, exigeant une réponse collective pour préserver la crédibilité de la science.
La vérité scientifique noyée dans un océan de faux-semblants (...)
L’évaluation par les pairs, souvent présentée comme rempart absolu, montre ses limites face à ce tsunami. (...)
Le vrai danger réside dans la contamination progressive du corpus scientifique par ce que l’on pourrait appeler une "pollution académique". (...)
La solution ne résidera pas dans des mesures techniques comme les clés API ou les numéros d’accès, aussi nécessaires soient-elles. Elle exigera une refonte profonde des incitations dans le monde académique (...)
Parallèlement, il devient urgent d’éduquer le public (et les journalistes) à une lecture critique des études scientifiques (...)