À 18 ans, après des années de violences et de démarches administratives, je pensais enfin pouvoir me reconstruire dans un logement social. Quelques jours plus tard, je me retrouve à vivre sans électricité dans un studio dangereux, sans solution durable et sans même savoir comment je vais manger les prochains jours.
À force de devoir peser chaque mot, mesurer chaque phrase pour éviter qu’elle ne se retourne contre soi et finir sur un trottoir, on finit par apprendre à parler correctement la langue de l’administration. On s’arme de dossiers, de décrets, de certificats et d’articles de loi. Aujourd’hui, j’ai simplement envie de raconter mon histoire avec mes propres mots. Des mots qui ne sauront probablement jamais décrire exactement la souffrance et l’injustice de la situation car, à force d’avoir souffert, je ne trouve même plus la force de ressentir quoi que ce soit. Seuls le vide et le brouillard demeurent.
Après une enfance marquée par les violences, une décision de placement jamais exécutée et des mois d’errance administrative entre dispositifs saturés et refus successifs, je pensais enfin sortir de l’urgence en obtenant un logement social. (...)
En juin dernier, Mediapart racontait mon histoire sous le prénom d’« Alison ». J’avais alors 17 ans, et une décision de justice ordonnant mon placement pour me protéger d’un environnement familial extrêmement violent n’avait jamais été exécutée, faute de « solution disponible ». L’État avait reconnu le danger, sans jamais parvenir à me mettre réellement à l’abri.
En mars 2026, à l’approche de la fin de mon hébergement transitoire, je publiais une nouvelle tribune pour alerter sur l’impasse dans laquelle je me trouvais : jeune majeure reconnue en situation de handicap, bénéficiaire de l’AAH, mais menacée de retour à la rue malgré des mois de démarches administratives.
Aujourd’hui, nous sommes en mai. J’ai 18 ans. Je pensais que le pire était derrière moi lorsque j’ai enfin signé le bail d’un logement social. J’ai découvert que la mise en danger institutionnelle pouvait simplement prendre une autre forme : celle du mépris, de l’épuisement administratif et de conditions de logement profondément dégradées. (...)
Cette pression permanente ravive également des traumatismes liés à mon histoire familiale. Même après avoir quitté un environnement violent, de nombreuses procédures continuent de m’obliger à réexposer sans cesse des éléments personnels et familiaux extrêmement sensibles pour accéder à des droits pourtant fondamentaux.
À force de devoir constamment prouver sa vulnérabilité pour obtenir de l’aide, on finit par avoir le sentiment que la survie elle-même devient un dossier administratif, et que notre humanité disparaît derrière des numéros de dossier.
Le mythe des “solutions existantes” (...)
Le logement social : une nouvelle mise en danger (...)
Survivre au lieu de vivre
Aujourd’hui, l’alternative de l’hôtel n’est plus qu’un souvenir. Mes ressources se sont définitivement épuisées ce mardi. Depuis plusieurs jours, je suis contrainte de vivre et de dormir dans ce studio plongé dans l’obscurité complète, sans électricité, sans chauffage, sans eau chaude et dans l’impossibilité absolue de me laver correctement.
À cette précarité matérielle s’ajoute désormais une urgence alimentaire. (...)
Face à cette détresse immédiate, j’ai sollicité les structures d’accompagnement de proximité, du CCAS à la Mission Locale, dans l’espoir d’obtenir une aide alimentaire ou un soutien d’urgence. Mais là encore, les réponses se ressemblent : dispositifs saturés, délais administratifs, absence de solutions immédiates.
Même les solutions bancaires les plus élémentaires deviennent absurdes lorsque l’on vit dans une précarité extrême (...)
Je passe désormais mes journées non pas à réviser mon baccalauréat ou à me reconstruire, mais à tenter de survivre au milieu de services qui se renvoient la responsabilité, de procédures interminables et de contradictions techniques qui laissent aujourd’hui planer de lourdes interrogations sur la sécurité réelle de ce logement. Dans ces conditions, il devient presque impossible de réviser normalement ou de passer mes examens dans un état psychologique stable.
Je ne demande ni privilège, ni traitement de faveur. Je demande simplement que les institutions assument leurs responsabilités lorsqu’elles attribuent un logement à une jeune majeure vulnérable reconnue en situation de handicap.
Parce qu’à 18 ans, dans un pays qui affirme protéger sa jeunesse, personne ne devrait avoir à choisir entre la faim dans un logement dangereux ou l’abandon sur un trottoir.