Seulement 12 % de femmes réalisent des longs métrages dans le domaine. Au Festival international du film d’animation, si la parité est respectée dans les jurys, le nombre de réalisatrices reste trop faible. Pourtant, loin de s’en tenir aux constats pessimistes, associations et personnalités posent les bases d’un avenir plus radieux.
Bien avant l’affaire Weinstein, bien avant Time’s Up et #MeToo, l’association Women in Animation a été créée aux Etats-Unis, en 1993, pour promouvoir et soutenir les femmes animatrices dans un milieu très masculin. Vingt-cinq ans après, en juin 2018, cette même association recevait un prix décerné par le Festival international du film d’animation d’Annecy, qui signait en même temps une charte pour la parité. Dans la foulée, les premières Assises du collectif 5050 en 2020, qui milite pour la parité dans le cinéma d’ici à 2020, étaient organisées avec le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC), avec notamment l’objectif de genrer les statistiques, et la création d’un bonus de 15 % d’aides publiques pour les films respectant la parité. (...)
Au festival d’Annecy, cette année, les différents jurys sont certes paritaires, mais sur les dix films en compétition, seuls deux sont réalisés par des femmes, dont Les Hirondelles de Kaboul, de Zabou Breitman et Eléa Gobbé-Mevellec. Cette dernière se considère « très heureuse que la question des femmes dans l’animation soit évoquée, même si elle ne devrait pas l’être. Les difficultés que l’on rencontre ne sont pas forcément conscientes ». (...)
L’association Les Femmes s’animent, très présente au festival d’Annecy, organisait cette année des petits déjeuners avec Women in animation, en collaboration avec le CNC et le magazine Causette, pour des discussions et des rencontres. Une table ronde a également été mise sur pied avec un intitulé « volontairement provocateur », comme l’explique Corinne Kouper, la présidente de l’association et productrice : Quid des garçons ? Il y a notamment été évoqué la redéfinition des personnages masculins dans l’animation. « Evidemment, rien n’est réglé, explique-t-elle. Les disparités entre les hommes et les femmes sont renforcées dans l’animation par l’ampleur des budgets et la durée de production beaucoup plus importante par rapport aux prises de vue réelles. Certains investisseurs vont aussi tout simplement moins faire confiance à des femmes, ajoute-t-elle. Notre projet n’est pas d’arriver à une société de femmes, mais bien à une société équilibrée. »
Femmes puissantes
Preuve que cette société avance, tout de même, dans le bon sens : une équipe de femmes talentueuses – les réalisatrices Phuong Mai Nguyen et Charlotte Cambon de Lavalette, la productrice Priscilla Bertin et la productrice exécutive Philippine Gelberger – a présenté les premières images de la série d’animation Les Culottées, adaptée des BD de Pénélope Bagieu, lors d’un « WIP » (work in progress) où il aurait fallu pousser les murs pour accueillir tout le monde. Une série (de 30 épisodes de 3 minutes 30) sur des femmes puissantes, à destination d’un large public, et diffusée très probablement sur France 5 ? L’avenir n’est pas loin.