Après le démantèlement de l’agence des États-Unis pour l’aide internationale par le bureau d’Elon Musk, un cadre de l’organisation témoigne dans Mediapart de la brutalité des méthodes employées pour détruire l’État fédéral. Et de leur illégalité.
Le vendredi 7 février, Donald Trump annonce la suppression pure et simple de l’agence des États-Unis pour le développement international, l’USAID. Le même jour dans la soirée, Mediapart s’entretient avec un cadre de l’agence qui, pour des raisons évidentes en pleine purge, demande à conserver l’anonymat. Cette personne, basée à Washington, exprime sa colère, sa sidération, son inquiétude et son effroi.
« C’est un coup d’État. Trump et Musk tentent de transformer le Congrès, qui est censé être une branche du gouvernement au même titre que les pouvoirs exécutif et judiciaire, en un organe consultatif uniquement », commence ce fonctionnaire, qui, en quinze ans, a supervisé de nombreuses campagnes pour le compte de l’USAID.
Ce coup d’État institutionnel est mené par le Doge, pour « Department of Government Efficiency » (« département de l’efficacité gouvernementale »), dirigé par Elon Musk, patron de SpaceX, Tesla et X (anciennement Twitter), et animé par une poignée de très jeunes ingénieurs ressemblant plus à des sbires qu’à des employés. (...)
« Le Doge n’existe pas, reprend notre interlocuteur. Il ne fait pas partie du gouvernement. C’est un organisme à part. » Ce bureau n’a pas été approuvé par le Congrès, pourtant seul habilité à décider des budgets alloués à des agences fédérales et surtout à leur création ou à leur suppression.
Mais, faisant fi de toutes les règles, Elon Musk et son équipe sabrent. À la hache et à toute allure. L’objectif : affaiblir l’État fédéral, voire le détruire.
L’agence en est l’une des premières victimes car elle est une proie facile, petite : 10 000 employé·es, 41 milliards d’euros de budget, soit moins de 1 % du budget fédéral. (...)
Plongée dans le chaos
Ce qui frappe le cadre de l’USAID, il le résume en quelques mots : « soudaineté », « brutalité », « cruauté », « ignorance ». (...)
« Le Doge n’existe pas, reprend notre interlocuteur. Il ne fait pas partie du gouvernement. C’est un organisme à part. » Ce bureau n’a pas été approuvé par le Congrès, pourtant seul habilité à décider des budgets alloués à des agences fédérales et surtout à leur création ou à leur suppression.
Mais, faisant fi de toutes les règles, Elon Musk et son équipe sabrent. À la hache et à toute allure. L’objectif : affaiblir l’État fédéral, voire le détruire.
L’agence en est l’une des premières victimes car elle est une proie facile, petite : 10 000 employé·es, 41 milliards d’euros de budget, soit moins de 1 % du budget fédéral. « Le Doge n’existe pas, reprend notre interlocuteur. Il ne fait pas partie du gouvernement. C’est un organisme à part. » Ce bureau n’a pas été approuvé par le Congrès, pourtant seul habilité à décider des budgets alloués à des agences fédérales et surtout à leur création ou à leur suppression.
Mais, faisant fi de toutes les règles, Elon Musk et son équipe sabrent. À la hache et à toute allure. L’objectif : affaiblir l’État fédéral, voire le détruire.
L’agence en est l’une des premières victimes car elle est une proie facile, petite : 10 000 employé·es, 41 milliards d’euros de budget, soit moins de 1 % du budget fédéral. (...)
Plongée dans le chaos
Ce qui frappe le cadre de l’USAID, il le résume en quelques mots : « soudaineté », « brutalité », « cruauté », « ignorance ». (...)
« Tous nos sous-traitants ont été licenciés d’un seul coup, raconte notre interlocuteur, encore sous le choc. On leur a soudainement dit lundi [27 janvier] : “Votre entreprise a reçu un ordre d’arrêt de travail. Donc vous devez cesser de travailler et de vérifier vos mails.” Ils sont en congé forcé, ce qui signifie qu’ils ne travaillent pas et ne sont plus payés. Certains de mes collègues dans mon équipe ont simplement dû dire pendant une réunion d’équipe en appel Zoom : “Oh, on est licenciés. Désolés. Au revoir.” Et ils sont partis. »
Ces personnels sous-traitants travaillent pour des entreprises qui ont signé un contrat avec l’USAID et fournissent des prestations de toutes sortes, aux États-Unis ou à l’étranger, dans la gestion des subventions, la gestion des risques, les expertises techniques. (...)
La mise à mort
La sidération des employé·es de l’USAID a été construite par une avalanche de tweets insultants et de mensonges. L’agence obsède Elon Musk, qui la décrit dans un post sur X du dimanche 2 février comme une « escroquerie », « un nid de vipères de marxistes radicaux de gauche qui haïssent l’Amérique ». Ce jour-là, Elon Musk en poste en rafales. Il écrit : l’USAID est une « organisation criminelle. Il est temps pour elle de mourir ».
Et aussi, dans la plus pure veine complotiste : « Saviez-vous qu’avec l’argent du contribuable, l’USAID a financé des recherches sur les armes biologiques, dont le covid-19, qui a tué des millions de personnes ? » La suite est dans la même veine : « Ce n’est pas juste que le ver est dans le fruit […], c’est sans espoir. Il faut se débarrasser de l’ensemble. C’est pour cela qu’elle doit disparaître. C’est irrémédiable », déclare le milliardaire la même nuit.
Donald Trump n’est pas en reste, qui assure le 2 février que l’USAID « est dirigée par une bande de fous extrémistes ». « Nous les virons », ajoute-t-il. (...)
Les conséquences se font déjà sentir. Des ONG américaines ou étrangères, des agences onusiennes n’ont plus d’interlocuteurs à l’USAID, ni accès à leurs lignes de crédit. Ce qui, très concrètement, signifie que personne ne leur rembourse les sommes engagées, par exemple, pour acheter des vaccins et lancer une campagne de vaccination, que telle ou telle organisation a opérée avec de l’argent promis par l’USAID. (...)
L’ironie est que le rouleau compresseur du Doge, en écrasant l’USAID, s’apprête aussi, évidemment sans en avoir eu conscience, à écraser quelques États qui ont voté pour Donald Trump : « Une grande partie des aliments que nous fournissons a été achetée ici, aux États-Unis. La plupart sont cultivés dans des États qui ont tendance à voter républicain, au Kansas ou en Iowa, ou dans le Minnesota, en Géorgie ou en Idaho. Et ce ne sont que quelques exemples. Déjà la presse locale en parle beaucoup, et des sénateurs s’en inquiètent », assure le fonctionnaire.
Lequel, avec d’autres, nombreux, ne compte pas laisser le Doge détruire la vieille agence, phare du soft power états-unien (...)
Ils ont trouvé un premier soutien juridique avec la décision, le 7 février, du juge fédéral Carl Nichols, pourtant nommé par Donald Trump, de suspendre provisoirement la mise en congé administratif des employé·es. Mais la bataille pour l’USAID commence alors que l’agence est déjà à terre.