Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Mediapart
« Le droit ne doit pas être notre seule boussole pour évaluer ce qui est bien ou pas »
#Droit #Morale #Loi #violence
Article mis en ligne le 15 juillet 2026
dernière modification le 11 juillet 2026

Deux universitaires, Shoshana Fine et Thomas Lindemann, publient « La Violence au nom de la loi ». En analysant deux événements aussi différents que la tragédie des migrants dans la Manche et la guerre en Libye, leur ouvrage questionne les mésusages du droit par certains acteurs publics. (...)

Le droit censé protéger les individus peut-il être la source d’une violence contre les populations ? C’est la question à l’origine de l’enquête théorique menée par deux universitaires, qui viennent de publier La Violence au nom de la loi (Presses de Sciences Po, 2026). (...)

« Mediapart » : Comment la violence peut-elle être justifiée par la loi ?

Thomas Lindemann : C’est notre énigme. Pour deux cas très dissemblables, les questions migratoires et la guerre en Libye, on a trouvé un argumentaire assez semblable. Il se trouve que le droit est mobilisé aussi bien pour les lois de Nuremberg que pour une guerre dite « humanitaire ». Ce que nous avons voulu comprendre, c’est la forme : la sacralisation de la loi conçue comme étant universelle, systématique, logique et objective.

Shoshana Fine : Il faut préciser que l’on ne travaille pas sur le contenu des lois. Nous ne sommes pas juristes. On ne travaille pas non plus sur les acteurs juridiques, les avocats ou les juges, mais sur la manière dont les acteurs politiques utilisent ou mobilisent un discours juridique pour légitimer la violence. (...)

On parle beaucoup de Donald Trump et de son monde sans foi ni loi – ce qui est vrai –, mais l’Europe tue beaucoup de migrants en Méditerranée ou dans la Manche, dans la bonne conscience des droits humains. C’est ce que nous voulons pointer : ce n’est pas parce qu’on se réfère aux droits humains qu’on est humain. (...)

Dans nos deux cas d’étude, nous essayons de montrer comment le discours juridique construit l’autre comme quelque chose d’irrationnel : le migrant est irrationnel quand il prend un bateau ; Kadhafi est un régime barbare irrationnel. Une fois que l’on a dit cela, la conséquence est automatique. Il n’y a plus de réflexion. C’est cela, le pouvoir logique de la loi. (...)

Dans la plupart des journaux, on parle de « migrants ». Migrant « illégal », « irrégulier ». On oublie la personne qui est derrière, les histoires d’une vie. C’est beaucoup plus facile d’accepter la mort d’une statistique, d’un chiffre, d’un migrant, au lieu de Mohamed, 26 ans, qui avait certaines aspirations, qui voulait rejoindre le Royaume-Uni et retrouver son frère.

À l’inverse, ce qu’on a vu avec la Libye, c’est une forte activation des émotions, parce qu’il fallait justifier la guerre. Les acteurs politiques avaient besoin de réunir le peuple derrière cette guerre. (...)

Lire aussi :
 (Editions Presses de Sciences-Po)
La violence au nom de la loi
Première édition
Shoshana Fine, Thomas Lindemann

S’il est bien documenté que les régimes autoritaires légitiment souvent l’exclusion, voire l’usage arbitraire de la force, par des appels au droit, à l’ordre et à l’autorité, il semble plus provocateur d’imaginer que l’État démocratique libéral recourt lui aussi au droit pour justifier, et parfois dissimuler, la violence.

Nourris par la pensée de Walter Benjamin et s’inscrivant dans la tradition critique de l’École de Francfort, Shoshana Fine et Thomas Lindemann ont enquêté pour comprendre comment le droit peut être mobilisé non pas pour protéger les populations, mais pour les exposer à la violence. (...)

Sommaire

Introduction

I. La loi et la violence : d’Agamben à Benjamin
Le cadrage de la violence par la loi
La nomofication
Le droit et la légitimation de la violence

II. Le droit comme boussole morale
Les morts de migrants dans la Manche
L’opération militaire de l’OTAN en Libye

III. La loi, la violence et le problème de la pensée logique
Les morts de migrants dans la Manche
L’opération militaire de l’OTAN en Libye

IV. De la neutralisation à l’indignation : la dimension émotionnelle
Les morts de migrants dans la Manche
L’opération militaire de l’OTAN en Libye

Conclusion