La cour d’appel de Paris a ordonné la réouverture des investigations sur les sources de la journaliste, coautrice de l’enquête “Egypt papers”, pour le média “Disclose”. En première instance, elle avait bénéficié d’un non-lieu.
(...) ça me replonge trois ans en arrière, quand les agents de la DGSI sont venus dans mon salon fouiller mes affaires, mes ordinateurs, mon téléphone, puis mes trente-neuf heures passées en garde à vue. Je pensais que tout ça — les filatures, les policiers planqués devant Disclose… — était derrière nous. » La journaliste Ariane Lavrilleux peine à dissimuler sa colère. Coautrice de plusieurs articles (rassemblés sous l’étiquette Egypt Papers) qui documentaient la possible complicité de crimes d’État de la France en Égypte, elle avait d’abord bénéficié d’un non-lieu dans une affaire où s’opposent secret de la défense nationale et liberté d’informer. Mais la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris a ordonné, hier 8 juillet, la réouverture de l’enquête afin de connaître les sources de Disclose. Ce qui signifie qu’Ariane Lavrilleux risque de nouveau une mise en examen pour « compromission du secret ». Les autres coauteurs des articles visés (Jean-Pierre Canet, Rémi Labed, Geoffrey Livolsi et Mathias Destal) peuvent, quant à eux, être auditionnés à leur tour par la police.
« C’est un acharnement judiciaire qui dépasse le cas d’Ariane Lavrilleux et de Disclose, souligne Thibaut Bruttin, directeur général de Reporters sans frontières, solidaire du site d’investigation. Cela s’inscrit dans une série de situations qui montrent qu’on a un vrai problème d’articulation entre le secret de la défense nationale, les enjeux du renseignement et la liberté de la presse. Tout cela est profondément inquiétant. » Depuis 2010, vingt et un journalistes ont été convoqués par des agents du renseignement intérieur pour compromission du secret de la défense nationale. (...)