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le grand soir
Le bâton de Yahya Sinwar
#israel #palestine #Hamas #Cisjordanie #Gaza #hezbollah #Liban #Yemen #Syrie #USA
Article mis en ligne le 14 novembre 2024
dernière modification le 12 novembre 2024

L’image de Sinwar, vêtu d’un keffieh, couvert de poussière, avec un bras blessé ou sectionné, dans un bâtiment en ruine, lançant un bâton sur le drone qui le filme, dans un dernier acte de défi, n’a laissé personne indifférent. Sinwar est mort comme il avait vécu, en tant que chef de la résistance, fidèle à la cause palestinienne jusqu’au bout. Le bâton de Sinwar est devenu un symbole de la cause palestinienne, la métaphore de la persistance de la résistance dans la lutte contre une force d’occupation écrasante et meurtrière. Le bâton de bois, l’arme la plus simple qui soit, l’arme des pauvres, contre les armes les plus sophistiquées que l’on puisse trouver sur cette planète. (Un an après le soulèvement du ghetto de Gaza, partie 4)

Célébrations, danses et drapeaux au vent, soldats distribuant des bonbons, sur la musique de Queen, “ Another One Bites the Dust ” : la joie était omniprésente en Israël à l’annonce de la mort de Yahya Sinwar, le chef du Hamas et l’homme le plus recherché du pays. Le 16 octobre 2024, exactement un an et une semaine après le soulèvement du ghetto de Gaza, Yahya Sinwar a été tué par un char israélien qui a détruit l’immeuble dans lequel il se trouvait. Le porte-parole de l’armée israélienne (IDF) a déclaré que Sinwar était mort en tant que « paria traqué et vaincu ».

Applaudissements occidentaux (...)

Les déclarations haineuses se succèdent de la part de régimes et de dirigeants qui, directement ou indirectement, ont sur la conscience la mort de centaines de milliers d’Afghans et d’Irakiens au cours des vingt dernières années. Ce sont les mêmes qui, l’année dernière, lors du vote des résolutions de l’ONU en faveur d’un cessez-le-feu pour arrêter le génocide à Gaza, ont voté contre ou se sont abstenus. Ceux qui ont fourni les armes pour tuer plus de 50 000 Palestiniens et en blesser plus de 100 000 autres depuis le 7 octobre 2023, selon les derniers décomptes de l’Observatoire Euro-Med des droits de l’homme. Des milliers d’autres sont toujours portés disparus sous les décombres (42 millions de tonnes !), on parle de 13 000 personnes, mais le nombre total est inconnu. À Gaza, les enfants qui ont survécu aux bombardements ne vont plus à l’école : 80 % des écoles et des universités ont été endommagées ou détruites. (1)

La démocrate Kamala Harris a déclaré qu’avec le meurtre de Sinwar, « justice avait été faite ». Le républicain Trump, qui s’était prononcé quelques semaines auparavant en faveur du bombardement des installations nucléaires iraniennes, a déclaré que la mort de Sinwar faciliterait la recherche d’une solution à la guerre dans la bande de Gaza. Le président des EU Biden n’y est pas allé de main morte en comparant la mort de Sinwar à celle d’Oussama ben Laden (...)

La mort de Sinwar est également l’œuvre des forces de sécurité étasuniennes. Comme Nelson Mandela jusqu’en 2008, Sinwar figurait depuis 2015 (et donc bien longtemps avant le 7 octobre 2023 !) sur la liste étasunienne des hommes à abattre, mieux connue sous le nom de liste terroriste internationale. Depuis janvier 2024, il figurait sur la liste européenne des terroristes à éliminer. (...)

Le bâton comme symbole

Comme elles le font aussi pour d’autres pillages et assassinats, les Forces de Défense Israéliennes (IDF) ont décidé de diffuser les images de la mort de Sinwar sur Internet et de les envoyer dans le monde entier, comme une sorte de trophée de la victoire. L’effet a été exactement inverse. Les images des derniers instants de Yahya Sinwar, prises par un drone de l’armée israélienne et destinées à mettre en valeur un succès militaire, sont revenues comme un boomerang à la figure des occupants israéliens.

L’image de Sinwar, vêtu d’un keffieh, couvert de poussière, avec un bras blessé ou sectionné, dans un bâtiment en ruine, lançant un bâton sur le drone qui le filme, dans un dernier acte de défi, n’a laissé personne indifférent. Sinwar est mort comme il avait vécu, en tant que chef de la résistance, fidèle à la cause palestinienne jusqu’au bout. Le bâton de Sinwar est devenu un symbole de la cause palestinienne, la métaphore de la persistance de la résistance dans la lutte contre une force d’occupation écrasante et meurtrière. Le bâton de bois, l’arme la plus simple qui soit, l’arme des pauvres, contre les armes les plus sophistiquées que l’on puisse trouver sur cette planète.

Des millions de personnes ont vu ces images. (...)

Toutes les organisations de résistance palestinienne ont fait l’éloge de Sinwar en tant que leader national héroïque qui entrera dans l’histoire. (5) Sur les affiches, Sinwar apparaît comme le révolutionnaire argentino-cubain Che Guevara, exécuté en 1967, ou à côté du résistant libyen Omar Al-Mukhtar, pendu en 1931. Un journal japonais l’a dépeint comme un samouraï.

Des extraits du poème très pertinent de Mahmoud Darwich, “ Éloge de l’ombre haute ”, écrit sur le bateau transportant des milliers de combattants palestiniens de Beyrouth à Tunis après l’agression israélienne contre le Liban en 1982, ont circulé sur l’internet en mémoire de Sinwar (...)

Selon le rapport d’autopsie des services médico-légaux israéliens, Sinwar aurait vécu encore quelques heures avant de succomber à une blessure par balle à la tête. « Les résultats de l’autopsie du corps de Yahya Sinwar ont montré qu’il n’avait rien mangé au cours des 72 heures précédant sa mort », ajoute le rapport. (9) Comme des dizaines de milliers d’autres Palestiniens.
Testament

C’est peut-être dans son testament politique et poétique émouvant, dont voici quelques extraits, que Yahya Sinwar révèle le mieux qui il était vraiment. (10)

« Je suis né dans le camp de réfugiés de Khan Younès en 1962, à une époque où la Palestine n’était qu’un souvenir déchiré, une carte oubliée sur les tables des politiciens... En écrivant ces mots, je repense à chaque moment de ma vie - à mon enfance dans les ruelles, aux longues années de prison, à chaque goutte de sang versée sur cette terre.... Mon testament commence ici, avec l’enfant qui a jeté sa première pierre aux occupants, un enfant qui a appris que les pierres sont les premiers mots que nous adressons à un monde silencieux sur notre douleur.

J’ai appris dans les rues de Gaza que la valeur d’une personne ne se mesure pas au nombre d’années qu’elle a vécues, mais à ce qu’elle a à offrir à sa patrie. Je suis l’homme dont la vie a été tissée entre le feu et les cendres, et j’ai compris très tôt que vivre sous l’occupation ne signifiait rien d’autre qu’une prison permanente.

Dans la tempête d’Al-Aqsa, je n’étais pas le chef d’un groupe ou d’un mouvement, mais la voix de chaque Palestinien rêvant de liberté (...)

Si je tombe, ne tombe pas avec moi. Faites de mon sang un pont pour la génération qui renaîtra plus forte de nos cendres. Rappelez-vous que notre patrie n’est pas une histoire à raconter mais une réalité à vivre et que, dans chaque martyr né de cette terre, un millier de rebelles sont nés... »