La nomination de François de Rugy au poste de ministre de la Transition écologique et solidaire est « cohérente » avec la politique d’Emmanuel Macron, explique à Reporterre la sociologue Vanessa Jérome. Elle nous dresse son portrait : libéral, sécuritaire, professionnel de la politique…
En même temps, cela révèle la vision de l’écologie qu’ont le gouvernement et le président Emmanuel Macron.
Justement, quelle écologie représente François de Rugy ?
Une écologie compatible avec un modèle non pas productiviste mais libéral, qui ne nuira ni aux intérêts économiques ni aux lobbies qui font leur nid dans ce gouvernement. Il faut bien avoir en tête que, économiquement, tous les écologistes sont historiquement anti-productivistes. Mais antilibéraux, pas du tout. Depuis qu’il est entré dans l’écologie politique française au sein de Génération écologie — c’était en 1991 — jusqu’à son arrivée à En Marche !, François de Rugy s’est toujours positionné du côté libéral économiquement.
Comment l’arrivée du nouveau ministre peut-elle se traduire dans la politique écologique du gouvernement ?
Je pense qu’il n’aura pas les mêmes réticences que Nicolas Hulot. Il est plus sur un mode d’accompagnement du capitalisme, du libéralisme, vers une transformation écologique lente. Il n’est pas prêt à faire une véritable rupture de paradigme ni sur le plan politique ni sur le plan économique. (...)
Ensuite, il y a la question de combien de temps on a et combien de temps on prend. De ce point de vue, François de Rugy est un homme beaucoup moins pressé que Nicolas Hulot. Il pense qu’on a le temps d’une transformation lente de l’économie, sans froisser personne.
Donc, il n’y a rien d’incohérent, pour Emmanuel Macron de choisir François de Rugy, et pour ce dernier d’accepter de venir dans ce gouvernement après la séquence Hulot.
Un des dossiers importants du nouveau ministre sera l’énergie, avec notamment des décisions sur la fermeture de centrales nucléaires — ou pas — via la programmation pluriannuelle de l’énergie. Que peut-on attendre de François de Rugy sur ce dossier ?
Cela va être intéressant ! En tant qu’écologiste convaincu, il ne peut pas être pronucléaire. En revanche, compte tenu de son rapport au temps, peut-être sera-t-il prêt à faire plus de concessions dans des scénarios de sortie du nucléaire. Ses actes et décisions vont parler pour lui très rapidement. (...)
Je refuse de perdre l’espoir, même s’il est souvent déçu jusqu’à maintenant, que le politique puisse encore faire quelque chose. Parce qu’à partir du moment où l’on abandonne cela, on abandonne ses droits à revendiquer des formes de démocratie meilleures que celle que l’on a actuellement. Au contraire, il faut mener cette bataille plus que jamais parce que la représentativité du personnel politique est en dessous de tout.
En revanche, cette séquence fait aussi la preuve que cela ne suffit pas et qu’il y a des formes plurielles d’écologie — politiques, associatives, syndicales, citoyennes — et qu’on n’a plus le temps d’en perdre. Il faut qu’elles soient toutes mobilisées.
On observe une mobilisation de ces formes d’écologie, notamment cette semaine, avec une série d’appels à des mobilisations citoyennes pour le climat. Peuvent-elles peser ?
Je ne doute pas du tout de la vivacité de l’écologie de terrain et je crois beaucoup à toutes ces initiatives. Après, là où je suis un peu plus pessimiste, c’est qu’ils n’impressionnent pas le pouvoir, sinon on n’en serait pas là. Je ne suis pas sûre qu’elles vont impressionner François de Rugy et le gouvernement, Emmanuel Macron. Leur profil les incline plutôt à mépriser ces initiatives…