L’audit de la dette permet de mettre en exergue la schizophrénie et la duplicité des puissances occidentales qui d’une main soutiennent la démocratie en Tunisie mais de l’autre la fragilise dès que leurs intérêts sont en danger ou qu’une velléité de remise en cause de leur domination surgit.
L’audit de la dette fut une des premières revendications économiques et sociales ayant émergé durant la première phase de la révolution. En effet, le service de la dette est le premier poste du budget en Tunisie constitue à la fois un frein au développement et un instrument de pillage et de soumission inhérent au processus d’endettement des pays du sud par ceux du nord. Cette soumission aux institutions financières internationales était d’ailleurs la condition du maintien au pouvoir du dictateur déchu qui a pu s’enrichir sur le dos du peuple avec le soutien corrupteur des bailleurs de fonds à travers des dettes odieuses. Instrument de soumission économique, social et politique, levier politique d’ingérence étrangère, la dette est la clé de voûte de la libération des peuples opprimés. C’est dans ce cadre que s’est inscrite la campagne pour un audit de la dette en Tunisie. (...)
. Quelques décennies de réformes dans le système éducatif sous tutelle de la Banque Mondiale ont permis de former des bataillons d’experts allaités au néolibéralisme tout droit sorti du sein de l’école de Chicago. Contre vents et marées, et à force de persévérance, les lignes ont pu bouger grâce à la mobilisation citoyenne des deux rives de la méditerranée ayant abouti à la reconnaissance par le Parlement Européen du caractère odieux de la dette dans les pays du printemps arabe et à la résolution du Sénat Belge pour un audit de la dette tunisienne. (..)
Mais c’était sans compter sur l’activisme hystérique du système international financier dominateur : dégradations successives de la notation souveraine de la Tunisie par les agences de notations, pressions diplomatiques et menaces à peine voilées ont exercé une pression gigantesque sur la coalition fragile et économiquement inexpérimentée au pouvoir. Jusqu’au jour où en Février 2013, sous cette pression insoutenable, le Secrétaire d’Etat aux Finance de l’époque, M. Besbes, annonce dans les médias le retrait pur et simple de la proposition de loi sur l’audit de la dette ! (...)
Cet épisode montre à quel point l’audit de la dette permet de mettre en exergue la schizophrénie et la duplicité des puissances occidentales qui d’une main soutiennent la démocratie en Tunisie mais de l’autre la fragilise dès que leurs intérêts sont en danger ou qu’une velléité de remise en cause de leur domination surgit.(...)