Lionel, président de l’association Victimes Covid-19, a perdu sa femme, âgée de 66 ans, en mars 2020, décédée du Covid. Il critique des mesures insuffisantes de la part du gouvernement pour la sauver mais également un protocole funéraire inhumain.
« J’habite près de Reims. Ma femme est décédée le 29 mars 2020 du Covid. Le 23 mars à 23 heures, elle est montée à 38,5°C de température. Elle était diabétique de type 1 (...)
j’ai appelé le SAMU qui nous a immédiatement envoyé une ambulance. Les ambulanciers l’ont mise dans une chaise roulante et l’ont emmenée. Elle m’a fait un petit coucou de la main et puis je ne l’ai plus jamais revue vivante.
Pas même dans la housse mortuaire. Privé de la totalité du rite funéraire permettant l’accompagnement du défunt, psychologiquement nécessaire et important pour la famille.
(...) Mes relations avec le personnel de l’hôpital étaient très bonnes : ils m’appelaient tous les jours vers 17 heures, ils me faisaient un petit point de la situation. Ça s’est franchement très bien passé, les équipes soignantes se sont très bien occupées de mon épouse. (...)
Que s’est-il passé ensuite ?
Une fois qu’elle est décédée, elle s’est retrouvée dans un « sac poubelle de luxe » qu’on appelle une « housse mortuaire ». Nue, aucun soin mortuaire et puis mise dans un cercueil scellé et hermétique le plus rapidement possible. C’est tout cela qui a été très difficile à vivre après, parce qu’on n’a pas pu faire d’accompagnement de nos défunts. (...)
dans certains établissements hospitaliers, publics ou privés, j’ai l’impression qu’il n’y a pas de connaissance des dernières règles en vigueur : on assiste à des situations dures pour les proches, avec un manque d’humanité complet, même encore maintenant. (...)
J’étais en colère que ma femme soit décédée du virus, de l’impréparation des services de l’État, des conditions dans lesquelles ça s’est passé et surtout des protocoles mis en place nous interdisant de voir nos défunts. J’ai donc créé l’association « Victimes du Covid-19 » et sa page Facebook en mai 2020. (...)
J’ai aussi créé une pétition en ligne en avril 2020. Vu les circonstances dans lesquelles nos proches étaient partis sans aucune dignité, sans aucun respect, sans aucune considération, on s’est orientés vers l’instauration d’une journée de deuil national. J’ai écrit au président de la République, au Premier ministre. (...)
J’ai fait un dépôt de plainte à titre privé concernant le décès de mon épouse. Cette plainte n’est pas contre les dirigeants de l’époque qui, pour certains, sont toujours là. J’ai fait le choix d’une plainte contre l’État pour non mise à disposition des moyens nécessaires et non application des règles pour éviter qu’on ait plus de décès. (...)
La philosophe Marie de Hennezel a écrit un livre il y a quelque mois, L’Adieu interdit. Elle traite dans un chapitre de cet adieu au visage qui permet, justement, d’accompagner le défunt mais aussi les familles. Ça permet de se projeter dans le deuil.
Ce qui me met en colère, aussi, c’est que les hôpitaux sont dépossédés de leurs moyens depuis des années. (...)
Le Covid n’a fait que mettre en évidence toutes ces défaillances. J’espère qu’on saura tirer les leçons de cette première vague pour mettre en place les bonnes dispositions et les bons protocoles pour qu’à l’avenir, nous soyons beaucoup plus réactifs dans tous les domaines si nouvelle pandémie il y a. » (...)