François Fillon sera donc le candidat du parti Les Républicains à l’élection présidentielle de 2017, après avoir largement remporté le second tour de la primaire de la droite et du centre avec deux tiers des suffrages. Il a mené campagne avec un programme économique très néolibéral : suppression d’un demi-million de fonctionnaires (personnels soignants, enseignants, policiers, militaires...), augmentation du temps de travail, coupes budgétaires de 100 milliards d’euros ou suppression de l’impôt sur la fortune. Il incarne un retour des valeurs très conservatrices sur les questions de société, vante « le respect des règles » et critique les « élites » parisiennes sur ces sujets.
L’ancien Premier ministre de Nicolas Sarkozy est peu loquace sur la question du lobbying. Et pour cause : en 2012, juste avant de commencer son nouveau mandat de député, François Fillon a créé une société de consulting, baptisée « 2F Conseil », située à deux pas des Invalides, et dédiée à des activités de conseil et des conférences. Son objet : « Le conseil, l’assistance, la formation, la réalisation d’études, de veille, d’audits, d’analyses ou de prestations » en faveur « de toute personne physique (…), personne morale (…), tout État et de tout organisme international européen, national, étatique, régional, départemental, municipal ou local ». La loi interdit aux députés de commencer des activités de conseil – sources de potentiels conflits d’intérêt – en cours de mandat, sauf pour certaines professions libérales réglementées, comme les avocats. François Fillon a créé la sienne juste avant d’être élu. Peu auparavant, il avait lui-même signé un décret permettant aux anciens ministres et parlementaires titulaires d’un diplôme de droit ou de son équivalent de devenir automatiquement avocat.
En 2012, ces activités de conseil lui ont rapporté 70 000 euros, selon sa déclaration d’intérêts et d’activités. En 2013, les profits ont grimpé à plus de 140 000 euros, soit sept fois le revenu salarial moyen. Et depuis ? Impossible de le savoir (...)
Pour l’année 2015, la société 2F Conseil a déclaré un chiffre d’affaires en hausse de 38%, à près de 300 000 euros. Quelle est la nature exacte de cette activité ? Qui sont les clients de 2F Conseil ? Leur identité est-elle de nature à générer de possibles conflits d’intérêt ? Contactée à plusieurs reprises, l’équipe de François Fillon a refusé de répondre à nos questions.
Parmi les députés, son cas n’est pas isolé. (...)