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Le cocktail explosif du Covid et de la pollution de l’air
Article mis en ligne le 10 mars 2021

Dès le début de la pandémie, des études scientifiques ont constaté des mortalités plus fortes dans les zones plus polluées. « La pollution de l’air est responsable d’environ 15 % de la mortalité du Covid », a même calculé une récente équipe de chercheurs. Et pourtant, réduire le nombre de particules fines est un levier d’action contre la pandémie négligé par les autorités.

Les habituels pics de pollution printaniers sont de retour et devraient se multiplier dans les semaines à venir — notamment à la faveur des épandages agricoles. Or, de plus en plus de scientifiques pensent que cette dégradation « ordinaire » de la qualité de l’air accélère puissamment la pandémie de Covid. Et ce, dans l’indifférence totale des politiques.

« Il y a cinq ans, Santé publique France estimait à 48.000 morts par an l’effet de la pollution atmosphérique ; aujourd’hui, l’estimation s’approche de cent mille pour un pays comme la France », alerte Olivier Blond, directeur exécutif de l’association Respire, qui défend depuis deux décennies la qualité de l’air. En mars 2019, avant le début de la pandémie, une étude avait estimé à 67.000 le nombre de morts induits par la pollution pour la France. « C’est l’équivalent d’une ville française qui disparaîtrait chaque année, et avec le Covid, ce sera bien pire ! » s’indigne Olivier Blond.

À l’échelon mondial, le chiffre serait de 8,8 millions de morts annuels, selon une autre étude parue en mars 2020. Jos Lelieveld — premier auteur de l’étude et membre du prestigieux Institut Max Planck, en Allemagne — notait que cette pollution cause des ravages supérieurs à ceux du tabac, pourtant depuis longtemps qualifié « d’empereur de la mort » dans les milieux de la santé publique.

Le Covid entre manifestement en résonance avec cette hécatombe chronique. Dès les premières semaines de la pandémie, des études chinoises ont constaté des mortalités plus fortes dans les zones plus polluées, tandis que des chercheurs italiens documentaient le même phénomène, notamment dans la très industrielle Lombardie, la région transalpine qui a payé le plus lourd tribut au coronavirus. (...)

En utilisant des modélisations (qui prennent également en compte ces résultats spécifiquement américains), dans un article publié en octobre 2020 dans Cardiovascular Research, l’équipe de Jos Lelieveld de l’institut allemand Max Planck estime qu’à l’échelon mondial, la pollution est responsable d’environ 15 % de la mortalité du Covid. Le chiffre atteint même 19 % en Europe et 27 % en Asie orientale. (...)

Par quel mécanisme la pollution chimique pourrait-elle aggraver une infection causée par un agent biologique ? Notons d’emblée que le phénomène n’a rien de spécifique au Covid-19. L’ensemble des infections respiratoires, virales et bactériennes sont amplifiées par la pollution, à la fois en matière d’hospitalisations et de mortalité, comme le montrent de nombreuses études réalisées pour certaines il y a plus de quinze ans. Ce phénomène s’observe même pour des expositions courtes (...)

Une étude suisse de novembre 2020 relevait d’ailleurs plusieurs « accélérations explosives des hospitalisations et des décès » dus au Covid concomitantes à des pics de pollution aux particules fines (...)

La pollution a donc un double effet, avec d’une part une aggravation des comorbidités, et d’autres part une facilitation de l’infection par le virus.

Un troisième mécanisme a été proposé par des chercheurs italiens, notamment, mais il est encore débattu par les scientifiques, même si Isabelle Annesi-Maesano le juge « plausible ». Il est possible que les virus puissent se fixer sur les particules les plus petites, dont le diamètre est de l’ordre de 0,3µ, ou s’y combiner. (...)

Même si la recherche se poursuit sur le détail des mécanismes à l’œuvre (il est par exemple possible que la composition des particules, et pas seulement leur diamètre, jouent un rôle), il est d’ores et déjà évident que réduire la pollution permettrait de réduire sensiblement la mortalité du Covid — et d’une série d’autres pathologies graves. « C’est d’autant plus incompréhensible que la pollution de l’air en France soit aussi peu prise au sérieux, et qu’elle relève encore du ministère de l’Environnement et non de celui de la Santé », s’étonne Olivier Blond.

Commentant l’idée que les vaccins finiront sans doute par nous débarrasser du Covid, l’article de Cardiovascular Research notait : « Il n’y a cependant pas de vaccins contre la mauvaise qualité de l’air et le changement climatique. Le remède est de limiter les émissions. »