Je n’ai pas fait grand tapage au printemps dernier, lorsque j’ai publié La richesse, la valeur et l’inestimable, Fondements d’une critique socio-écologique de l’économie capitaliste (Les Liens qui libèrent, 2013), n’ayant pas un goût très prononcé pour la publicité, surtout auto-promotionnelle. J’en dis quelques mots aujourd’hui car ce livre est maintenant débattu.
Il constitue pour moi une étape dans un travail de recherche sur la construction d’une synthèse théorique autour de la double crise sociale et écologique créée par la dynamique d’accumulation du capital, qui semble n’avoir aucune limite, au point de menacer les équilibres de la société et ceux des écosystèmes.
Ce livre soulève des discussions et c’était le but recherché. Les présentations que j’ai déjà faites ont été bien accueillies.[1] Des premiers comptes rendus de lecture positifs sont parus dans la presse et ailleurs.[2] Quelques autres sont critiques. C’est sur ces derniers que je vais revenir pour essayer d’améliorer encore l’expression sur un sujet complexe.
La crise actuelle est née des contradictions sociales et écologiques du système capitaliste mondial qui est placé devant la difficulté et, à terme, l’impossibilité de faire produire par le travail toujours davantage de valeur et de la réaliser monétairement sur le marché, parce qu’il ne peut aller au-delà d’un certain seuil d’exploitation de la force de travail et de la nature. La théorie économique libérale néoclassique, qui a toujours assimilé toute la richesse à la seule valeur marchande, s’est révélée incapable de comprendre et de surtout de prévenir la montée des périls amenés par la marchandisation de toutes les activités humaines, des connaissances, des ressources naturelles, de la biodiversité et de tout le vivant. Au contraire, privatiser les biens communs de l’humanité est devenu le nouvel horizon d’un capitalisme cherchant la sortie de sa crise.
Mon objectif était donc d’examiner systématiquement les principaux poncifs, contresens et non-sens qui inondent le marché de l’édition, et qui tous renvoient à l’incompréhension de la distinction géniale d’Aristote entre ce qui allait devenir plus tard la valeur d’usage et la valeur d’échange. La force de l’économie politique d’Adam Smith et de David Ricardo, en dépit de certaines de ses erreurs, est d’être partie de cette idée. Le génie de Marx est d’en avoir fait le pivot de la critique du capitalisme. Et cette distinction est le fil conducteur de mon livre parce qu’elle permet au moins trois choses : 1) elle introduit une critique de l’accumulation infinie du capital, 2) elle fonde en même temps une critique sociale de l’aliénation du travail et une critique écologiste de la marchandisation de la nature, et 3) elle contient en germe une légitimation du travail productif dans la sphère non marchande. Ces trois points restent encore souvent malheureusement incompris ou passés sous silence. (...)