Le pays s’enfonce dans l’hiver et ceci sans répit. Les nouvelles épouvantables s’accumulent et se répètent au point d’épuiser et de tétaniser le plus grand nombre. Ainsi, on vient de lire dans la presse qu’en septembre dernier, une employée de la Troïka aurait convoqué dans son bureau trois juges pour les menacer. Ces derniers instruisent justement ces dossiers socialement brûlants relatifs aux saisies des résidences principales pour dettes et leurs décisions devraient d’après les Troïkans s’avérer systématiquement défavorables aux citoyens appauvris. Ce reportage de “Kontranews”, repris par Real-FM lundi 2 décembre n’a pas été démenti, en tout cas pas pour l’instant.
(...) De toute manière, tout le monde comprend que l’administration grecque est vampirisée par la Troïka et ses agents. La Grèce de 2013 c’est autant le royaume des ombres. Et quant aux ombres d’en bas, elles disparaissent à leur tour, après le travail, la dignité et l’électricité. Dimanche soir (1er décembre) à Thessalonique, Sara, une adolescente de 13 ans d’origine serbe a ainsi trouvé la mort, asphyxiée par les émanations d’un poêle dans un appartement sans électricité depuis deux mois. Elle vivait seule avec la mère au chômage à la durée décidément trop longue. Les impayés d’électricité s’élèvent à 2.500 euros.
Les medias en font déjà la nouvelle du jour avant la suivante. Les voisins, ainsi que les enseignants à l’école où Sara était scolarisée, témoignent de leur tristesse et de leur stupeur à la fois : “Notre élève ne nous a rien dit. Sa mère non plus. Elles ont voulu préserver leur dignité, nous ne sommes rendus compte de rien, l’école aurait pu se mobiliser, les aider, trouver cette somme d’argent pour que l’électricité soit rétablie chez elles... Quelle douleur” (Real-FM, le 2 décembre).
Non sans ironie... sur notre méta-civilisation, un autre adolescent de 17 ans, se confiant aux journalistes qui l’interrogeaient a précisé... l’ampleur de son rêve les larmes aux yeux : “Je voudrais être sur mon lit au chaud... et regarder la télévision”, (...)
Certaines radios diffusent en boucle les déclarations de Samaras et de Venizélos d’il y a dix-huit mois, “il n’y aura plus d’autres mesures d’austérité... nous mettrons fin aux exigences de la Troïka”, sauf que tout cela ne fait plus rire personne. Les auditeurs, lorsqu’ils ne sont pas censurés par les radios, expriment par téléphone ce que les deux tiers des Grecs se disent entre eux : “Cette classe politique doit être éliminée... même physiquement”. (...)
Venizélos, Samaras et les autres, appartiennent à ses humanoïdes méta-démocrates au même titre que les banquiers qui pour l’instant gouvernent par la peur, la propagande et la répression. Tout le monde le comprend désormais sauf que les gens sont tellement exténués par leur propre survie et par le négationnisme ambiant du bonheur... qu’ils n’ont plus le courage d’en faire un plat et encore moins une révolution. Sauf que le temps de la révolte, celui de l’imprévu ravageur pourrait se préciser, ce qui reste tout de même à prouver. Dans pareil cas, le chaos, le nôtre... serait enfin à la hauteur sauf que la transition risque d’être fort ensanglantée.
En attendant, les restes du passé se mêlent encore au présent décomposé. (...)
samedi et dimanche (1er décembre), le mouvement EPAM (Front Unitaire Populaire) de Dimitris Kazakis, avait organisé une rencontre internationale dans le but de coordonner à sa manière, certaines actions et mouvements politiques ainsi que des personnalités qui (entre autres), préparent le terrain de l’après UE et de l’après bancocratie. Du côté français, deux mouvements étaient représentés par leurs cadres, François Asselineau de l’UPR, et Jacques Nikonoff du M’PEP, tandis que d’autres participants et analystes, tels Anthony Coughlan, professeur d’économie politique au Trinity College à Dublin, ou Alberto Montero, économiste, professeur d’économie à l’Université de Málaga et président du CEPS (Centro de Estudios Políticos y Sociales). ont apporté l’expérience d’ailleurs. J’avais déjà rencontré Alberto lors du colloque de Pescara en octobre dernier, son intervention à Athènes a porté à la fois sur le désastre (euro)espagnol, et sur l’expérience positive et néanmoins douloureuse de certains pays de l’Amérique du Sud, et quant au refus de la dictature de la dette.
J’ai remarqué l’absence officielle et même officieuse du parti de la Gauche radicale, pourtant le siège de SYRIZA se trouvait à seulement cinq minutes à pied du lieu où se tenait le colloque et tout de même, à une éternité déjà en termes de temporalité politique. C’est en cela que nous réalisons combien certaines évolutions, voire mutations chez nous (et ailleurs) s’avèrent alors être si rapides. Nul doute, notre temps politique est aussi parfois pulvérisé.
Par contre, et officieusement du moins, ceux du mouvement politique du Plan-B d’Alekos Alavanos, étaient présents au colloque, et sur leur site on y trouve même une page consacrée à cet événement. Je précise (d’après leurs prises de position respectives évidemment), que le Plan-B est un parti politique qui prône l’abandon de l’euro, voire de l’UE, résolument à gauche, Alekos Alavanos fut l’ancien chef de SYRIZA et mentor politique d’Alexis Tsipras en 2007, tandis que le mouvement de Dimitri Kazakis se dit démocrate, patriotique, antinationaliste dénonçant ouvertement le funeste néonazisme de l’Aube dorée car inspiré (aussi) des idéaux de la Révolution française.
Loin des idéaux de la Révolution française, l’Aube dorée avait organisé un rassemblement samedi 30 novembre, sur la place de la Constitution devant le “Parlement”. D’emblée, c’est parce que depuis 2010 notre Parlement s’est placé... entre guillemets sous le régime de la Troïka anticonstitutionnelle et anti-démocratique jusqu’à l’outrage, que cette manifestation aubedorienne, jamais imaginée auparavant, devint alors possible. (...)
Nous savons déjà qu’une armée euro-allemande, et/ou de mercenaires internationaux pourrait intervenir en Grèce dans le cadre de la mise en place du mémorandum IV en gestation. D’autant plus que le caractère insoutenable de la pseudo-dette imposera que de parachever le génocide économique que nous subissons, loin, très loin des nos meilleures idées européennes, car hélas trop près des pires d’entre elles.
Et dans pareil cas tout sera balayé, le néo-conformisme de SYRIZA compris. Au Plan-B on le sait, au KKE (le PC grec) on se préparerait discrètement à la situation insurrectionnelle ou chaotique (éventuelle mais pas encore certaine) et du côté de l’EPAM, on se dit ouvertement “en phase de préparer l’insurrection et la révolte”. (...)
On croit aussi savoir que notre armée n’entreprendrait aucune action allant contre la volonté du peuple, c’est ce que de militaires de haut-rang auraient déjà signifié à Georges Papandréou. C’est aussi et pour cette raison que l’État-major en Grèce est si souvent décapité et remplacé par le “gouvernement”, autant et pour les mêmes raisons me semble-t-il que le haut commandement des Carabinieri en Italie l’est également je crois !
L’historien que je suis (encore) remarque ce tournant dans les événements, rien qu’à travers l’air respiré depuis trois ans déjà. Cette guerre nous ne l’avons pas voulue mais comme presque toujours dans l’histoire, elle nous est imposée.
Et sans revirement en Europe, car les autres peuples sont et seront aussi concernés, elle nous sera alors inévitable, y compris sous sa forme potentiellement la plus ouverte. (...)
Au sein de notre (petit mais fort apprécié) mouvement “Enotita 2012” (Unité 2012), nous nous réunissons également pour ainsi organiser nos prochaines actions culturelles c’est-à-dire politiques. (...)
Nos armes du moment sont l’esprit d’unité, de solidarité, d’identité ouverte retrouvée car il va falloir tenir et d’ailleurs très longtemps. De nombreux jeunes redécouvrent alors ce lien que le “lifestyle” des trente dernières années avait fini par briser. C’est en cela que nous sommes aussi responsables, certainement à gauche et bien au-delà