Le jour de la démission de Nicolas Hulot, une commission technique, où l’Etat est largement présent, s’est prononcée en faveur des travaux définitifs de contournement autoroutier de Strasbourg, dit GCO. Celui-ci avait pourtant reçu plusieurs avis négatifs en enquête publique ou par des organismes officiels.
Prévue le 17 juillet, la séance du Coderst a été reportée cet été à la suite de deux avis négatifs sévères d’enquêtes publiques sur les compensations pour l’environnement et l’eau. Quelques modifications (capacité des bassins de rétention d’eau, achat de terrains à renaturer) ont été apportées par le concessionnaire Arcos, filiale de Vinci, ainsi que par la Sanef, qui réalise un échangeur dans une forêt au nord. « Il n’appartient pas à un arrêté d’autorisation de procéder au rattrapage d’un dossier insuffisamment abouti », avaient néanmoins estimé les cinq commissaires enquêteurs.
Quatre heures plus tard, le résultat tombe : 18 voix pour, 7 contre et 1 abstention. Un vote à bulletin secret obtenu par Daniel Reininger, président d’Alsace Nature, qui a participé à la réunion : « C’est une commission technique et les échanges sont non politiques. Mais, c’est davantage une chambre d’enregistrement qu’autre chose. L’administration d’État a 8 voix alors qu’elle est juge et partie, la CCI [chambre de commerce et d’industrie], qui a des intérêts dans le dossier a aussi des voix [son président possède une entreprise de location d’engins de chantier et son vice-président dirige la société de BTP Lingenheld], il y avait deux élus du département qui sont pour et trois représentants de l’association des maires. Sept voix contre, c’est quasiment le maximum qu’on pouvait espérer. Or, ce vote donne l’impression qu’il annule les avis négatifs précédents [enquêtes publiques, Autorité environnementale, Conseil national de protection de la nature...]. Le débat n’est plus seulement être pour ou contre une autoroute, mais pour ou contre nos instances démocratiques. Je n’ai jamais vu un dossier avec tant d’avis défavorables. Si le dossier a été remanié comme cela a été annoncé, il doit repasser toutes les étapes. »
Hasard des représentations et de l’ordre des suppléants, le vice-président de l’Eurométropole et adjoint au maire de Strasbourg Alain Jund (EELV), farouche opposant, a pu assister et voter contre pour le compte de l’association des maires du Bas-Rhin. « Vu la composition de l’instance, le vote est logique. Il est à mettre au regard des différents avis négatifs. Toutes les études montrent depuis 15 ans que le projet [GCO] ne va pas désengorger Strasbourg, mais on s’entête. Au détour d’une discussion, on apprend que l’échangeur va être financé par 43 millions d’euros du plan de relance autoroutier, financé par un prolongement des concessions autoroutières, alors qu’il ne devait pas y avoir d’argent public », a-t-il expliqué.(...)
Travaux préparatoires en forêt à nouveau autorisés (...)
Avec ce vote, un délai de 15 jours maximum s’ouvre pour d’ultimes échanges et modifications avec les constructeurs. C’est le préfet qui signera et publiera les arrêtés, qui devraient faire plus de 100 pages.
Une « veillée des arbres » est prévue vendredi 31 août au soir et tout le week-end, car les travaux préparatoires en forêt sont à nouveau autorisés entre le 1er septembre et le 15 octobre. La Zad dans le village Kolbsheim est expulsable depuis fin juin.
L’association Alsace Nature et la députée Martin Wonner (LREM), qui n’a pas hésité à parler de « déni de démocratie » sur France Bleu Alsace la veille de la réunion du Coderst, ont indiqué leur volonté d’attaquer en référé les arrêtés lorsqu’ils seront publiés. Enfin, une grande manifestation est prévue dans les rues de Strasbourg le samedi 8 septembre.