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En France, en 10 ans, le nombre d’associations financées par l’Etat et œuvrant expressément dans le domaine de l’intégration des immigrés et de leurs descendants directs a diminué de 80% : de 6000 en 2000 à 1300 en 2010, c’est le constat publié en mars 2012 par un avis du Haut Conseil à l’Intégration. Cette mutation brutale doit être analysée avec lucidité pour permettre d’interpeller les détenteurs de pouvoir et de moyens publics et les mettre face à leurs responsabilités sociales et sociétales.
Sociales d’abord : la disparition rapide de ces acteurs a entrainé un nombre important de licenciements. Certes ce ne sont pas des plans dits sociaux touchant de grandes entreprises et alertant l’opinion publique et les medias sur une activité ou un territoire. Mais bon an mal an ce sont plusieurs milliers d’emplois qui ont disparu, trop souvent dans la plus grande indifférence. Personnages souvent discrets, mais bien connus dans leur champ d’activité, ils contribuaient à entretenir du lien social dans les quartiers populaires, à assurer la promotion et la formation des personnes défavorisées, l’accompagnement scolaire, ils appuyaient bien souvent efficacement l’action de nombreux bénévoles engagés dans ces structures.
Ces associations, très modestes ou plus étoffées donnaient du sens à une activité reconnue par les institutions, Etat et collectivités territoriales. Elles avaient été fondées par des militants d’origines diverses et de convictions fortes enracinées dans des courants philosophiques, religieux ou politiques et syndicaux qui convergeaient vers la volonté d’aller vers un monde plus juste. Leur reconnaissance par les financeurs les légitimait dans une présence et des activités porteuses de valeurs de solidarité et de progrès dans un cadre laïc.
Elles s’inscrivaient dans des réseaux associatifs vivants animés par des bénévoles et des permanents élaborant ensemble des activités et même parfois des manifestations communes, proposées aux financeurs et validées par eux. L’argent public permettait aux acteurs d’exister, d’inventer et d’élaborer des projets dont leur connaissance du terrain et des populations garantissait la pertinence.
La disparition de la majorité d’entre elles crée un vide. Elle s’explique en grande partie par le passage rapide au début des années 2000 d’une logique de subvention à une logique de prestation (...)