L’armée fédérale éthiopienne est entrée ce samedi 3 octobre dans Mekele, capitale régionale du Tigré située à 150 kilomètres de la frontière érythréenne. Vendredi déjà, des troupes tigréennes alliées au gouvernement avaient repris l’aéroport de la ville, aux mains des rebelles du Front de libération du peuple du Tigré (TPLF) depuis le 23 septembre. C’est une prise majeure pour l’armée, qui ces derniers jours a gagné du terrain au Tigré, mais aussi plus à l’est, en Afar.
(...) Quelques heures plus tôt, les troupes du TPLF et leurs dirigeants avaient fui en masse Mekele. Depuis ce matin, des scènes de pillages ont également été observées dans des magasins et certaines institutions régionales, à l’instar du bureau du président de la région, précise une source.
D’après un chercheur souhaitant garder l’anonymat, l’entrée des fédéraux dans Mekelle constitue « une prise stratégique pour le gouvernement ». « Mais l’urgence sera désormais de répondre aux besoins humanitaires d’ampleur de tous les Tigréens », souligne-t-il. « La population est épuisée et fait face en ce moment à un grave épisode de sécheresse. Si rien n’est fait pour rétablir l’assistance humanitaire, la situation sera catastrophique ». En juillet, 922 000 personnes ont bénéficié d’une aide alimentaire au Tigré, d’après FEWS NET, un réseau d’alerte contre la famine. (...)
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– (Afrique XXI)
« L’Éthiopie pourrait connaître une famine aussi dramatique qu’en 1984 »
Pour Mehdi Labzaé, chercheur au CNRS, la reprise de la guerre dans le nord du pays, couplée à la sécheresse et aux blocus du gouvernement fédéral, pourrait entraîner une situation humanitaire désastreuse. Pour Afrique XXI, il décrypte cette nouvelle crise, qui a déjà fait des centaines de morts et des dizaines de milliers de déplacés. (...)
Si ce conflit a des racines éthiopiennes, de nombreux acteurs régionaux et internationaux jouent leur partie, que ce soit le Soudan, l’Érythrée, les Émirats arabes unis, ou encore les États-Unis et Israël, comme l’explique dans cet entretien Mehdi Labzaé, chargé de recherches au CNRS et spécialiste de l’Éthiopie. (...)
Les pratiques du TPLF ressemblent à celles de l’Érythrée. La direction actuelle du TPLF n’a plus rien à voir avec celle de 2020, et encore moins avec celle des années 1990. Ces dirigeants, qui se sont imposés dans des luttes de factions, n’ont respecté aucune loi de la région, ni les procédures internes au parti de règlement des conflits. Certains de ces militaires contrôlent des sites d’orpaillage, etc. Toute l’idéologie historique du TPLF – développement, redistribution, lutte contre la pauvreté… – a disparu.
Michael Pauron : Quelle est la situation des réfugiés ?
Mehdi Labzaé : Les 800 000 personnes qui avaient fui la guerre en 2020 ne sont jamais rentrées au Tigray de l’Ouest. Elles sont soit dans les camps autour des différentes villes du Tigray, et seront les premières exposées à la famine, soit dans d’autres pays, dont la Libye, où la situation des exilés africains est bien connue. Ou bien encore elles sont sur la route, en direction de l’Arabie sSaoudite, pays où, pourtant, le régime n’hésite pas à prononcer des condamnations à mort contre les Éthiopiens, pour des motifs comme avoir été pris avec un peu de khat sur soi.
Mais, actuellement, beaucoup de jeunes me disent qu’il n’y a plus d’avenir au Tigray. Pour les Éthiopiens, le seul moyen de prendre son destin en main est de partir, tout en connaissant les risques.