Les révélations de « Mediapart » sur les écrits antisémites du président du Rassemblement national s’inscrivent dans la continuité d’un parti qui tente depuis quinze ans de se camoufler pour conquérir le pouvoir. Les faits parlent d’eux-mêmes : des prestataires aux élus, l’antisémitisme est toléré au RN
« Encore une fois, je le rappelle, ma ligne est la suivante : il ne peut exister en matière d’antisémitisme aucune ambiguïté. » En novembre 2023, Marine Le Pen l’assure dans les colonnes du Journal du dimanche : sa main n’a pas tremblé au moment de sanctionner son propre père, fondateur de son parti, qui multipliait les saillies antisémites.
Invitée au côté de Jordan Bardella à la marche contre l’antisémitisme organisée par Yaël Braun-Pivet et Gérard Larcher après le 7-Octobre, la cheffe de file du Rassemblement national (RN) entendait alors prouver définitivement que son parti était désormais « le bouclier des juifs de France ». Ce qui était valable pour son père, alors président d’honneur de 87 ans, le sera-t-il pour son futur premier ministre désigné et successeur adoubé ?
Depuis les révélations de Mediapart sur les écrits antisémites de Jordan Bardella, qui dénonçait en 2013 le fait que « les banques sont toutes détenus [sic] par des Juifs » ou que « le juif doit dominé [sic] les autres peuples, les ecraser et les voler », Marine Le Pen le répète sur tous les tons : ces éléments seraient, au choix, des « dingueries » ou des « barbouzeries ». « Nous allons démonter cette manipulation », a-t-elle encore promis mardi 29 septembre, à l’Assemblée nationale, où elle a conduit une réunion de son groupe au côté de son dauphin. (...)
C’est oublier un peu vite à quel point l’antisémitisme est constitutif de l’histoire du mouvement politique de Marine Le Pen, qui a – malgré ses dires – conservé dans son premier cercle des militants parfois tout aussi obsédés par la supposée « mainmise de la communauté juive-sioniste sur le pays » que le jeune Jordan Bardella.
À l’époque de ces écrits, celui qui commence à militer dans la fédération locale de son département de naissance, la Seine-Saint-Denis, est fortement imprégné des thèses d’Alain Soral, dont il vante alors les « analyses ». L’idéologue antisémite a pendant plusieurs années œuvré aux côtés de Marine Le Pen, qui s’affichait avec lui lors d’un karaoké en 2006, pendant la campagne présidentielle de 2007 qu’elle dirigeait, ou encore durant un tractage lors des municipales de 2008 à Hénin-Beaumont (Pas-de-Calais).
À ce moment-là, Alain Soral avait déjà été condamné pour diffamation raciale et incitation à la haine raciale pour des propos datant de 2004, ce qui ne semblait gêner personne au parti. Au moment de la rupture de l’idéologue avec le Front national (FN) en 2009, Marine Le Pen n’avait d’ailleurs pas eu un mot sur l’antisémitisme viscéral du polémiste, préférant mettre son départ sur le compte d’« ambitions déçues ».
Prestataires, élus : au RN, l’antisémitisme est toléré (...)
En 2013, le bras droit de Marine Le Pen, Louis Aliot, le disait ouvertement à l’historienne Valérie Igounet : « C’est l’antisémitisme qui empêche les gens de voter pour nous. Il n’y a que cela… À partir du moment où vous faites sauter ce verrou idéologique, vous libérez le reste. »
Depuis sa prise de contrôle du FN en 2011, et malgré son entourage ou l’histoire de son parti cofondé par des collaborationnistes, Marine Le Pen s’est efforcée d’imposer dans l’espace public l’idée que son mouvement serait « le bouclier des juifs de France ». (...)
En mars 2025, Jordan Bardella s’était rendu en Israël à l’invitation du gouvernement de Benyamin Nétanyahou, une première pour un président du FN/RN. Vendue comme « la fin et l’aboutissement de la dédiabolisation », selon les mots de Louis Aliot au Monde, la visite avait été l’occasion pour le patron du parti de réaffirmer son soutien sans réserve à la politique israélienne, mais surtout de marteler ad nauseam des éléments de langage qui sonnent faux. « Je pense que s’il y a beaucoup de Français de confession juive qui nous ont accordé leur confiance, c’est parce qu’ils connaissent la sincérité de notre discours », avait-il prétendu lors de sa visite du site de Nova, le festival attaqué par le Hamas. (...)