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Les violences conjugales au sein de couples militants de gauche
#violencesConjugales #femmes
Article mis en ligne le 8 septembre 2026
dernière modification le 6 septembre 2026

Derrière le masque de l’allié féministe parfait, des militantes belges et françaises découvrent parfois le visage d’un homme violent, qui mobilise des théories politiques comme la lutte des classes ou le polyamour pour mieux les dominer.

Au début, j’essaie de faire entendre ma parole mais il est le bulldozer, la victoire par K.-O.  », relate Flora Souchier, autrice de Méfiez-vous des hommes qui se disent féministes (Seuil 2026). Dans son livre, la comédienne décrit, avec une poésie d’une choquante beauté, les violences qu’elle a subies avec un militant d’extrême gauche, rencontré dans une ZAD («  Zone à défendre«  ).

Au cours de cette relation de plusieurs années, son esprit est «  englué  », son corps sur le qui-vive. Les viols, les agressions sexuelles, l’hypersexualisation, la privation de sommeil, le couple libre imposé, le dénigrement, le gaslighting (un ensemble de techniques perverses de manipulation)… font partie du système d’emprise. Comment pouvait-elle réaliser que «  l’homme [qu’elle] aime et auprès de qui [elle a] vécu des aventures politiques fortes  » l’agresse physiquement et la ligote psychiquement  ? D’autant qu’il a tout de l’allié féministe  : «  En manifestation, il chante «  Vous êtes fortes  », il honore mes poils que je n’épile pas, il lit des livres féministes, me fait découvrir des autrices comme bell hooks  », se souvient la poétesse. (...)

Un sujet marginal, qui n’a rien d’isolé

Et son cas n’est pas isolé  : d’autres femmes ont vécu des violences avec des hommes engagés à gauche. (...)

Bien avant le mouvement #MeToo et ces affaires médiatisées, «  les féministes des années 1950, 60, 70 dénonçaient déjà l’hétéronormativité et l’antiféminisme des collectifs de gauche qui privilégient la lutte des classes au détriment du droit des femmes  », avance la politologue spécialisée sur les violences sexistes et sexuelles, Vanessa Jérome. (...)

Mais encore aujourd’hui, le sujet reste à la marge. Cela peut s’expliquer en partie car «  il est difficile, y compris pour des militantes, de se reconnaître en tant que victimes, surtout dans notre société néolibérale où celles-ci sont méprisées. Il y a aussi de l’espoir que leurs conjoints soient différents des autres hommes, et de la honte s’ils s’avèrent violents  », développe la directrice de l’Université des Femmes, Valérie Lootvoet.
Les faux alliés, vrais violents

Il peut aussi y avoir une forme d’idéalisation des hommes militants de gauche, empêchant ainsi les victimes de sortir du déni. (...)

Parfois encore, certains hommes de gauche instrumentalisent des théories politiques, comme la lutte des classes, pour culpabiliser, rabaisser leur compagne. (...)

Le couple libre comme outil de domination (...)

 Dans les cercles libertaires, on emploie le terme de «  manarchiste  », une expression inventée par les anarcha-féministes, pour désigner ces hommes qui, sous couvert de radicalité, vont imposer le couple libre à leur partenaire. Le discours qui revient, c’est qu’il ne faudrait pas qu’elles se plaignent car sinon elles seraient possessives et pas assez radicales.  » (...)

Conséquences psychologiques et politiques

Dépression anxieuse sévère, crises suicidaires, problèmes gynécologiques, perte de confiance en soi, de dignité… font partie des conséquences des violences subies (...)

Quelles justices après  ?

Lorsque les violences sont dénoncées dans les milieux anarchistes, la doctorante Camille Hémet observe que les féministes vont soit quitter l’organisation lorsque la gestion collective n’est pas à la hauteur, soit créer des groupes non-mixtes où elles pourront échanger sur les agressions vécues. (...)

Des actions nécessaires qui permettent à des victimes ne voulant pas se tourner vers la Justice pénale, jugée défaillante, à s’intéresser à des alternatives comme la justice transformatrice, «  centrée sur la réparation des torts causés à la victime et développée par et dans les milieux militants de gauche, souvent féministes, queers, antiracistes  », précise Anna, médiatrice formée en justice restaurative et chercheuse indépendante sur le traitement des violences sexistes et sexuelles dans les justices alternatives. (...)