Invité, comme les autres candidats à la présidentielle, à présenter son programme économique face au MEDEF, Jean-Luc Mélenchon a pointé le faible niveau des salaires et à exhorté le patronat français a les augmenter, sans quoi la récession nous menaçait. Le parterre de grands patrons a ri de bon coeur face à une telle demande. Quelques jours plus tard, l’Institut National des Statistiques et des Études Économiquesa publié sa note trimestrielle qui comporte les grands indicateurs sur la croissance, les salaires, l’inflation et les marges des entreprises. La note qui décrit le second trimestre présente une réalité alarmante, qui montre dans quoi Emmanuel Macron et ses sbires nous ont mené : un pays en quasi récession, où la vie est chère, les salaires bas, le chômage élevé, mais où les plus riches continuent de s’enrichir, précisément grâce à tout ça.
A la lecture de cette note, et face aux autres données économiques dont nous disposons, on comprend mieux le rire des grands patrons : leur parasitisme social, fiscal et salarial est si bien rodé qu’ils ne craignent pas un contexte économique morne et comptent bien continuer à mal nous payer. Voici pourquoi : (...)
Nous avons donc tous perdu du pouvoir d’achat, terme auquel nous préférons à Frustration “pouvoir de vivre”, car il nous semble que pour beaucoup de gens, la capacité à acheter des biens et des services est une question de survie, et pas de confort. En outre, le terme “pouvoir d’achat” met de côté la question de tous les biens et services gratuits, qui reposent sur la sécurité sociale, les services publics et l’entraide. Or, on sait que de ce côté-là, nous avons également perdu du terrain (...)
alors que l’INSEE confirme bel et bien une croissance négative, les entreprises, leurs patrons et leurs actionnaires vont bien. “Le taux de marge des sociétés non financières (SNF) s’établit à 31,5 %, comme au trimestre précédent, nous indique l’INSEE. Il est de nouveau fortement pénalisé par les termes de l’échange, avec l’augmentation des prix de l’énergie sur le marché mondial, mais cet effet est contrebalancé par la baisse des salaires réels.” Vous avez bien lu ? Alors que les événements géopolitiques et leurs conséquences sur le prix des carburants pénalisent fortement la population, les entreprises font porter ce coût supplémentaire sur leurs salariés, en continuant de réduire leurs revenus réels. Tout le monde l’a constaté autour de soi : impossible d’obtenir une augmentation individuelle, et des offres d’emploi qui présentent des salaires indécents. (...)
baisse de notre pouvoir de vivre, via des services publics qui se dégradent, des morts sur des brancards aux urgences, des coups de rabots réguliers sur l’assurance-chômage (dont le budget est régulièrement ponctionné par l’Etat pour financer entre autres les aides aux entreprises), une politique de réduction des arrêts maladie alors que dans le même temps les travailleurs sont mis sous pression d’un management qui cherche à sur-rentabiliser chaque heure travaillée…
Il faut bien comprendre que pour permettre au patronat et à ses actionnaires de traverser une récession en toute tranquillité, nous payons deux fois : comme salarié du secteur privé ont nous maintient la tête sous l’eau en nous payant mal ou comme fonctionnaire dont les conditions de travail sont progressivement dégommée et les traitements rognés d’année en année, pour économiser de l’argent public et financer le soutien étatique aux marges des entreprises privées (puisqu’il est désormais prouvés que les exonérations et réductions d’impôts mises en place depuis 20 ans n’ont eu que cet effet). Et comme contribuables, en finançant ce soutien étatique aux actionnaires. Car oui “les impôts et cotisations accélèrent (+0,9 % après +0,5 %)”, nous indique l’INSEE dans cette même note. Bien plus que nos salaires. (...)
En dix ans, le patrimoine des 500 familles les plus riches de France a doublé. La hausse de la fortune de ces millionnaires et milliardaires est continue. Certains d’entre eux, comme Rodolphe Saadé (CMA-CGM), Emmanuel Besnier (Lactalis) ou les Mulliez (Auchan) ont directement profité des fortes inflations alimentaires que l’on connaît depuis 2022. C’est la troisième forme de parasitisme : le parasitisme des prix, obtenus sur le dos de consommateurs captifs d’un marché de la distribution – notamment alimentaire – entre les mains de quelques grands groupes qui fixent les règles qui les arrange, devant un Etat corrompu qui s’incline et leur facilite la vie dès qu’il peut.
Le triple parasitisme bourgeois permet donc à la classe dominante de traverser une récession sans trop de problème. (...)