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RFI
Uniforme à l’école : en France, la fin discrète d’une expérimentation qui n’a pas convaincu
#EducationNationale #uniforme
Article mis en ligne le 2 septembre 2026

L’expérimentation de la tenue scolaire commune ne sera pas reconduite à la rentrée 2026. Lancé en 2024, le dispositif devait notamment renforcer la cohésion entre élèves et améliorer le climat scolaire. Deux ans plus tard, le bilan officiel est contrasté : les élèves interrogés par des chercheurs rejettent massivement le principe et les collectivités ne disposent plus du même soutien financier de l’État.

Les uniformes à peine usés vont retourner dans les placards. Dans un entretien à la presse régionale fin août, le ministre de l’Éducation nationale Édouard Geffray a confirmé l’arrêt du dispositif, tout en relativisant son bilan : « Ce n’est ni un échec, ni un gâchis. Mais l’expérience montre que l’effet aura été globalement assez faible. Sur les résultats scolaires, on n’a pas perçu de changements particulièrement nets. Sur le climat scolaire, les effets ont été assez inégaux. » Et d’ajouter : « Si ça ne marche pas, on ne va pas s’entêter. Mais si certains veulent continuer l’expérimentation localement parce qu’elle fonctionne, ils sont libres de le faire. » Sollicité à plusieurs reprises par l’AFP pour connaître le financement prévu en 2026-2027, le ministère n’a, lui, pas donné suite. (...)

Une généralisation initialement prévue pour 2026

Sur le terrain, les collectivités tirent les conséquences les unes après les autres. (...)

Le projet était l’une des mesures-phares du gouvernement de Gabriel Attal. (...)

Des chefs d’établissement satisfaits, des élèves hostiles (...)

L’évaluation officielle de la DEPP, publiée le 12 mai 2026, dresse un bilan positif mais limité : trois directeurs d’école sur quatre rapportent une évolution positive du sentiment d’appartenance, comme 13 chefs d’établissement sur 16 dans le secondaire. Mais les effets sont nettement moins convaincants sur les apprentissages : seuls cinq chefs d’établissement sur 16 perçoivent une évolution positive des acquis des élèves, quatre sur 16 pour leur investissement scolaire. La DEPP a recueilli 87 questionnaires de directeurs d’école et 16 de chefs d’établissement (taux de participation proches de 90 % et 80 %) : une mesure de la perception des équipes éducatives, pas une démonstration d’un effet causal de l’uniforme.

Ces résultats contrastent avec l’enquête menée par les chercheurs Julien Garric et Christine Mussard, de l’université Aix-Marseille, dans trois établissements de l’académie, publiée en novembre 2025 auprès d’environ 1 200 élèves et 1 100 parents. Chez les élèves, le rejet est massif : 70 % disent avoir vécu l’annonce comme « horrible », particulièrement les lycéens et ceux qui contestent le plus l’idée que la tenue améliore leur vie scolaire. Pour eux, l’uniforme ne fait pas disparaître les différences sociales, toujours visibles à travers les chaussures, les sacs ou les accessoires. Sur le harcèlement, le scepticisme est encore plus marqué chez les élèves qui s’en déclarent eux-mêmes victimes. Une partie du rejet tient à la méthode, selon Julien Garric, interrogé par Aude Villiers-Moriamé du service France : les élèves avaient déjà exprimé leur opposition lors d’un sondage préalable, mais n’ont ensuite jamais été consultés sur le choix de participer au dispositif. (...)

l’expérimentation a été menée dans des « territoires conquis d’un point de vue idéologique », déjà acquis au dispositif. (...)

Du côté des fédérations de parents, le scepticisme est plus net encore. « L’uniforme à l’école ne rencontre pas de succès parce que ça ne répond à aucun besoin particulier », résumait dès 2024 Grégoire Ensel, alors président de la FCPE. (...)

C’est finalement l’argent qui a eu raison du projet. Dès 2025-2026, le ministère avait dû redéployer des crédits non prévus au budget initial pour maintenir l’expérimentation. À Reims, la municipalité a expliqué ne pas pouvoir assumer seule le coût d’une généralisation sans l’État. S’y sont ajoutées des difficultés très concrètes de gestion : choix des vêtements, livraisons, renouvellement des tailles au fil de la croissance des enfants. (...)

Une histoire qui bégaie

Contrairement à une idée reçue, la France n’a jamais connu de politique nationale imposant l’uniforme à tous ses écoliers (...)

Seuls quelques établissements sélectifs ont maintenu une vraie tenue identique, jusqu’à ce que Mai 68 les pousse à l’abandonner. Elle reste obligatoire par exception aujourd’hui : lycées de la Défense, quelques établissements privés prestigieux, Antilles et Guyane depuis la fin des années 1980.

À l’échelle européenne, le clivage est net entre le Royaume-Uni, Chypre et Malte, où l’uniforme reste la norme sans avoir jamais eu besoin d’être justifié, et la majorité du continent (Allemagne, Belgique, pays scandinaves), où il a disparu sans faire débat. La littérature internationale ne tranche pas non plus en sa faveur. (...)

Reste une objection de fond, résumée par Julien Garric : l’idée que l’uniforme gommerait les différences sociales repose sur un malentendu. « Le problème principal de la mixité sociale dans les établissements, c’est qu’elle n’existe pas », observe le sociologue. Élèves pauvres et riches ne fréquentent déjà pas les mêmes écoles. Effacer la différence vestimentaire entre des enfants qui ne se croisent jamais ne suffira pas à entamer la ségrégation du système éducatif français.