À partir du 1er septembre, un couple de pharmaciens corréziens est interdit d’exercer pendant deux mois pour avoir distribué des médicaments à l’unité dans une méthode antigaspi. Alors qu’ils sont en plein désert médical.
Un couple de pharmaciens corréziens a été condamné à une interdiction d’exercer de deux mois à compter du 1er septembre par le conseil de l’Ordre des pharmaciens. Et ce, suite à la publication d’un article de Mediapart [1], en 2024, expliquant leur démarche de délivrance à l’unité de médicaments régulièrement en rupture de stock ou à risques addictifs.
En conséquence, la pharmacie tenue par Antoine Prioux, à Tarnac, ferme temporairement et celle dont s’occupe Eliza Castagné, à Bugeat, maintient ses portes ouvertes en septembre et octobre grâce à l’aide de deux remplaçants, attirés par l’écosystème de soins promus par le couple de pharmaciens rebelles sanctionnés. (...)
L’idée, de bon sens, de la distribution à l’unité de médicaments tels que des anxiolytiques ou des opioïdes, au-delà du cadre légal, était simplement de donner le compte rond aux patients afin de mieux prévenir les risques d’addiction et le gaspillage, alors que les ruptures de stock s’enchaînent. Mais la loi l’autorise seulement pour les produits classés comme stupéfiants, pour les antibiotiques ou dans des circonstances exceptionnelles de pénurie de médicaments. (...)
Dès l’ouverture le 25 août, la pharmacie de Bugeat commande les trois seules boîtes d’aspirine disponibles. Ce banal anti-inflammatoire est en tension d’approvisionnement depuis le 21 mai. « Les laboratoires conditionnent les médicaments de telle façon que c’est rare qu’on tombe sur le nombre pile. Cela force à vendre une deuxième boîte qui sera à peine entamée. Écologiquement, c’est aberrant », dénonce le conjoint d’Eliza Castagné, Antoine Prioux. Lui est titulaire d’une autre officine située à une trentaine de kilomètres à travers les routes en lacets du plateau bordées de tourbières, à Sornac… Qui, elle, doit clore ses portes, donc. (...)
Sans l’officine de Sornac, celles et ceux qui ne conduisent pas, les plus âgés et les plus précaires se trouvent sans point de conseils et de vente de produits de santé à quelque 25 km à la ronde. (...)
Depuis juillet, le quadra s’affaire essentiellement à préparer des paquets au nom des malades chroniques de Sornac avec leurs boîtes de médicaments pour les leur faire livrer avant la coupure des deux mois. (...)
Le couple est au cœur d’un écosystème construit pour lutter contre les déserts médicaux en pleine montagne limousine (...)
depuis la condamnation que le couple conteste en se pourvoyant en cassation devant le Conseil d’État, il ne distribue plus les comprimés à l’unité hors des clous. Leur astuce antigaspi consistait à facturer au premier malade la boîte entamée, puis à distribuer les médicaments en trop aux suivants gratuitement. Le numéro de lot et les dates de péremption étaient soigneusement conservés pour assurer la traçabilité. (...