Un outil israélien permettant de géolocaliser des millions de téléphones est vendu en France à des grandes entreprises en toute confidentialité, selon des documents consultés par « Mediapart ». En 2025, il a été mis au service d’une filiale du numéro un mondial du luxe, qui affirme y avoir finalement renoncé.
Un système de surveillance de masse à la « Big Brother », officiellement réservé aux services de police et de renseignement, est désormais à la disposition des entreprises françaises. Baptisé Webloc, cet outil permet de géolocaliser en un temps record et sur plusieurs années des centaines de millions de téléphones portables. Il est commercialisé en France auprès des entreprises depuis 2025, révèle Mediapart, sur la base de témoignages et de documents.
Lancé en 2020, Webloc a été développé par la société israélienne Cobwebs Technologies, créée par trois anciens agents d’unités spéciales ou du renseignement de l’armée israélienne, et rachetée en 2023 par la société américaine Penlink.
Ce système surpuissant repose sur l’exploitation massive (baptisée « Advertising Intelligence » ou « Adint ») de données sur les utilisateurs et utilisatrices de téléphones mobiles, y compris la géolocalisation, qui ont été initialement recueillies à des fins publicitaires (...)
Le logiciel ne donne pas les noms des utilisateurs et des utilisatrices, mais leur « identifiant publicitaire » unique. Selon le rapport du Citizen Lab déjà cité, il est en réalité facile de découvrir l’identité des « cibles », en croisant les données publicitaires disponibles (tranche d’âge, centres d’intérêt…) et les localisations du téléphone. (...)
Autre fonctionnalité : le croisement des téléphones. L’outil permet de coupler jusqu’à sept appareils en simultané afin de savoir s’ils ne se sont pas retrouvés au même endroit et ainsi cartographier les relations. Sur les trois dernières années, donc… (...)
LVMH jure y avoir renoncé
Sollicité par Mediapart, LVMH indique qu’il s’agissait seulement d’un « test », auquel le groupe n’a finalement pas donné suite après « discussion » avec un « expert en sûreté ». (...)
Avant d’investir le marché français, Cobwebs/Penlink s’est construit un solide portefeuille de clients à l’étranger, déployant un « système de renseignement » pour les autorités israéliennes ou pour l’agence fédérale de l’immigration des États-Unis, l’ICE, transformée en force paramilitaire par Donald Trump. Le service est aussi employé par l’État du Texas pour la surveillance de la frontière avec le Mexique, ou encore au Salvador et en Hongrie.
Sa commercialisation dans l’Hexagone auprès des entreprises a suscité une vague d’enthousiasme – ou d’inquiétude, selon les cas – chez les professionnel·les du secteur. (...)