Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Infomigrants
Scolarisation des mineurs étrangers en recours : le "trop lent" chemin vers l’accès aux lycées
#MNA #Etat #Droits #scolarisation #migrants #immigration
Article mis en ligne le 9 juin 2026
dernière modification le 6 juin 2026

En France, s’inscrire au lycée est un parcours du combattant pour les jeunes étrangers isolés de 16 ans ou 17 ans, non reconnus mineurs par les autorités. Pourtant la scolarisation est essentielle pour s’intégrer durablement, plaident les associations. C’est aussi une échappatoire pour sortir "quelques heures" de la rue. Et surtout, rejoindre un lycée professionnel et entamer un CAP, c’est mettre toutes les chances de son côté pour éviter de recevoir à 18 ans la redoutée Obligation de quitter le territoire français (OQTF).

(...) Martine, la professeure bénévole, penchée quelques minutes plus tôt au-dessus du cahier d’Ibrahima a reconnu que sa copie "n’était pas si mal". Comme tous les autres professeurs ici, à "l’école des sans-écoles" gérée par l’association Droit à l’école, non loin de la Gare de Lyon, à Paris, Martine tente de faire au mieux pour remettre à niveau Ibrahima et ses jeunes camarades avant leur affectation dans un lycée parisien.

Car Ibrahima, Guinéen de 16 ans, attend avec impatience d’intégrer un lycée français - comme tous ses amis présents ce matin-là. (...)

En attendant, pour ne pas perdre leurs acquis - et pour en gagner de nouveaux - les deux garçons se rendent quotidiennement à l’école des sans-écoles, dans des locaux partagés avec Ground Control.

"Sans l’association, j’aurais laissé tomber, c’est sûr" (...)

Sans un coup de pouce associatif, les jeunes ont peu de chances d’aller au bout du processus administratif. (...)

"À Paris, c’est dur, mais ailleurs il y a pire"

"C’est très dur, c’est vrai, de trouver un référent disponible pour aller à ces rendez-vous obligatoires qui ont généralement lieu sur des horaires de travail", résume Rose, chargée de mission à l’association "Droit à l’école". De manière générale, "sans notre aide, beaucoup de jeunes ne sauraient pas comment se scolariser, c’est très compliqué et c’est très lent. Trop lent". (...)

Une fois au lycée, les jeunes restent livrés à eux-mêmes. Ils continuent de dépendre de l’association. "Ils sont inscrits mais ils n’ont rien pour financer leurs études", explique Rose. "Les lycées n’ont pas toujours les moyens de les aider. Les fonds sociaux [dotation des lycées pour aider les plus précaires, ndlr] s’amenuisent et certains établissements ne peuvent pas toujours payer les Pass Navigo, la cantine, les sorties scolaires ou encore les fournitures".

Droit à l’école se sent parfois dépassé. "Nous sommes la seule association à suivre les jeunes dans leur scolarisation depuis la rue jusqu’à la fin de leur lycée". En 2025, l’association a intégré 128 jeunes dans ses salles de classe mais beaucoup restent sur le carreau, sur liste d’attente. "On ne peut pas tous les accueillir, alors ils patientent dans la rue, sans rien". (...)

La rue, passage obligé pour les MNA

Si le lycée est si important pour ces jeunes, ce n’est pas seulement pour assurer leur avenir, c’est aussi pour ne pas perdre pied : aller en cours, c’est "oublier ses soucis" pendant quelques heures, explique Ibrahima, qui vit sous une tente à coté de la gare d’Austerlitz. La journée, il faut savoir s’occuper avant de retrouver l’inconfort des nuits sur les trottoirs parisiens ou en hébergement d’urgence. "On pense trop quand on n’étudie pas", ajoute Rufils. (...)

"La rue, c’est vraiment pas l’endroit idéal pour un lycéen mais à Paris, c’est presque un passage obligé. 90% des MNA [mineurs non accompagnés] que nous suivons vivent sur à la rue", ajoute Anoucka. (...)

Pour Aissatou, une Guinéenne de 16 ans, assise à côté d’Ibrahima, l’hébergement est un stress quotidien. Elle vit actuellement "chez une amie" en banlieue parisienne, mais avant cela, elle écumait les centres d’accueil d’urgence. "J’aimerais aller au lycée pour faire quelque chose de normal. Tout ce que je fais, dormir à la rue, avoir fui mon pays aussi jeune, n’est pas normal pour mon âge".
"Ils se battent, multiplient les CAP"

Ce qui désole l’association, c’est "le temps perdu". Parce que ces jeunes finissent "souvent" par être reconnus mineurs. "On perd juste un temps fou. On les laisse sur les trottoirs sans les épauler et au final, un juge reconnait qu’ils ont moins de 18 ans", continue Rose de l’association. En 2025, sur l’ensemble du territoire, un peu plus de 9 500 mineurs ont été placés sous la protection de l’ASE après décisions judiciaires, selon le ministère de la Justice. Ils étaient 13 500 l’année précédente. (...)