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SOS Mediterranée
«  Résistons et ne lâchons rien  »
#SOSMediterranee #OceanViking #sauvetages #migrants #immigration #solidarites
Article mis en ligne le 2 juillet 2026
dernière modification le 30 juin 2026

Dix ans après le premier sauvetage de SOS MEDITERRANEE, l’association s’apprête à ouvrir un nouveau chapitre avec l’arrivée de Pierre Micheletti à sa présidence, succédant à François Thomas. Ensemble, ils reviennent sur les évolutions du contexte migratoire, les défis qui attendent l’association et les convictions qui continuent de guider son action. Entretien croisé.

Qu’est-ce qui, selon vous, a le plus évolué depuis les débuts de SOS MEDITERRANEE, et qu’est-ce qui, au contraire, n’a pas changé ?

François Thomas  : Ce qui a le plus changé, c’est sans doute la manière dont les questions migratoires sont aujourd’hui instrumentalisées dans le débat public. Nous assistons à une forme de déshumanisation croissante des personnes en migration, tandis que l’État de droit est de plus en plus remis en cause, parfois même ouvertement piétiné. Dans le même temps, les naufrages se poursuivent en Méditerranée et suscitent moins d’attention qu’auparavant. SOS MEDITERRANEE, qui a été récompensée et saluée à ses débuts, est devenue au fil des années un témoin dérangeant de cette réalité.

Ce qui n’a pas changé, en revanche, c’est la force du désir de vivre et d’espérer. On n’empêchera jamais des femmes et des hommes de chercher un avenir meilleur pour eux-mêmes ou leurs enfants. Les traversées continuent, malgré les dangers. Et malgré les obstacles qui se multiplient, nous sommes toujours là pour tendre la main et sauver des vies.

Pierre Micheletti  : Ce qui a profondément évolué, c’est la criminalisation croissante de la question migratoire. Aujourd’hui, même le geste élémentaire qui consiste à secourir des personnes risquant de se noyer peut être contesté dans sa légitimité, alors même que nos interventions répondent à des situations de détresse reconnues par les autorités maritimes compétentes. Cela montre à quel point certaines barrières morales s’effacent dès lors qu’il est question de migration.

Ce qui n’a pas changé, ce sont les raisons qui poussent les personnes à prendre la mer. Les traversées ne sont pas la cause du problème, elles en sont le symptôme. Comme l’écrivait la poétesse Warsan Shire : « Personne ne monte sur un bateau à moins que la mer ne soit plus sûre que la terre qu’elle quitte. » Derrière chaque traversée, il y a avant tout un espoir de survie. (...)

Quels seront les grands chantiers de l’association dans les prochaines années ?

François Thomas  : Le premier défi est de continuer à changer les regards. (...)

Pierre Micheletti  : Il s’agit en premier lieu de résister aux différentes formes de pression exercées contre l’association (...)

Si vous deviez vous adresser aux bénévoles, aux équipes et aux soutiens de l’association, que leur diriez-vous ?

François Thomas  : Je voudrais avant tout leur dire merci. Merci pour leur engagement, leur énergie, leur solidarité et leur humanité. Dans les moments les plus difficiles, notre collectif n’a jamais faibli ; il s’est même renforcé. (...)

Pierre Micheletti  : Merci, parce que votre engagement donne une force considérable à notre action. Il permet de démultiplier la visibilité de nos actions et de mobiliser les ressources nécessaires à la poursuite des sauvetages. Mais il a une autre valeur, tout aussi importante : il nous rappelle qu’une partie de la société refuse l’indifférence et continue de se reconnaître dans ces gestes élémentaires d’humanité. (...)


Crédit photo : SOS MEDITERRANEE