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France Info
Pourquoi Jean-Luc Mélenchon et LFI proposent de "restructurer les régions françaises autour des fleuves"
#regions #fleuves #LFI
Article mis en ligne le 8 juillet 2026
dernière modification le 4 juillet 2026

Dans le cadre de la campagne pour l’élection présidentielle, La France insoumise propose de remplacer les régions de 2015 par des "écorégions" qui suivraient les contours des bassins hydrographiques. Ce projet, toujours en construction, interroge sur les contraintes que la forme des régions actuelles engendre pour la planification écologique.

Le 7 juin 2026, Jean-Luc Mélenchon réunit plus de 20 000 personnes devant la basilique de Saint-Denis, lors de son meeting de lancement de campagne présidentielle. Outre les propos attendus sur la concentration des médias, sur le libre-échange ou sur le Smic, le fondateur de La France insoumise (LFI) lâche en quelques secondes une idée bien moins évoquée. "Les régions seront entièrement restructurées autour des grands bassins-versants, des fleuves. Elles formeront la première ligne d’alerte, de propositions et de mise en œuvre de la planification écologique", déclame le candidat, avant d’embrayer sur le point suivant. Qu’y a-t-il précisément derrière cette proposition ?

Le territoire de l’Hexagone est constitué de six bassins-versants. Il s’agit de zones géographiques au sein desquelles l’écoulement des eaux converge vers un fleuve, puis vers un estuaire. Chacune peut être divisée en plusieurs sous-bassins, en suivant le tracé des affluents de leur artère principale. L’idée d’utiliser cette morphologie du territoire pour créer de nouvelles régions figurait déjà dans les propositions de LFI lors de la précédente campagne présidentielle. (...)

Adapter les régions à la "bifurcation écologique"

"Les régions héritées de la réforme de 2015 sont appropriées si l’on veut peser sur la compétitivité ou sur l’attractivité des territoires. Mais nos objectifs sont très différents : ils sont ceux de la bifurcation écologique", présente Claire Lejeune, députée LFI de l’Essonne. Son collègue, Gabriel Amard, insiste : "Les écorégions de demain ne s’occuperont que d’écologie. Leurs moyens financiers et leur fiscalité propre seront uniquement consacrés à la concrétisation de la planification écologique".

Les deux parlementaires ont été désignés par Jean-Luc Mélenchon pour conduire les réflexions sur la restructuration des régions. Dans le projet imaginé par le binôme, les limites des nouvelles collectivités seraient calquées sur celles des 24 sous-bassins qui structurent la métropole. (...)

"Quand on est à cheval sur deux structures, on peut être freiné"

Une experte des espaces naturels, contactée par franceinfo, reconnaît que le tracé des régions de 2015 la gêne dans ses missions. "Les limites administratives ont été faites sur les limites des cours d’eaux eux-mêmes. Mais mettre une frontière sur un fleuve coupe nécessairement son bassin-versant en une ou plusieurs entités", explique cette directrice d’association. Les régions actuelles possèdent quelques compétences environnementales (...)

Ce sentiment d’imbroglio, causé par le tracé des régions de 2015, est partagé par Cécile Llovel, hydrologue, et directrice de projets de Gestion des Milieux Aquatiques et de Prévention des Inondations (GEMAPI). "J’ai mené un projet de restauration de milieux aquatiques sur la Meuse. Nous avons commencé les études en 2012, et nous n’avons obtenu l’autorisation pour les travaux qu’en 2022, regrette-t-elle. Quand on est à cheval sur deux structures, on peut être freiné. Sur ce projet, on devait travailler avec plusieurs départements et plusieurs préfets coordonnateurs. Pour des initiatives qui sont à l’échelle de gros bassins-versants, si on pouvait remonter au niveau de la région, ce serait peut-être plus aisé pour les faire avancer."

Renforcer les agences de l’eau

L’experte en espaces naturels demeure pour sa part dubitative quant à la faisabilité du projet porté par LFI. "S’il fallait changer l’organisation des régions, ce serait extrêmement lourd, appréhende-t-elle. Je ne crois pas qu’on puisse tout balayer et redessiner du jour au lendemain. Par contre, la chose à faire, c’est de donner les moyens aux agences de l’eau pour qu’elles puissent faire leur boulot !" (...)

Pour empêcher la pollution de l’eau : agir à la source

Pour Claire Lejeune et Gabriel Amard, les députés chargés de coordonner les réflexions autour du projet des écorégions, restructurer les collectivités actuelles permettrait également d’accentuer leur vigilance en matière de pollution. (...)

des usines, des industries ou des exploitations agricoles peuvent déverser dans les cours d’eaux des éléments nocifs pour l’environnement. Pour la députée, une écorégion ayant la main sur l’ensemble d’un bassin permettrait "une cohérence" dans la prévention et la gestion de ces pollutions. Les parlementaires invitent à considérer "l’importance de dépolluer" ces cours d’eaux, en aval, et "d’empêcher les pollutions additionnelles", en amont.

Mais d’après Cécile Llovel, l’hydrologue et directrice de projets GEMAPI, seule la moitié de cet objectif peut être pleinement atteignable sur le court terme. "Une fois que la pollution est arrivée dans les rivières, c’est trop tard. On ne peut pas traiter l’eau. On peut la remettre en état en réduisant les pollutions à la source, mais cela prend plusieurs années pour ce faire", explique-t-elle.

Un concept en construction (...)

Si leur candidat était défait lors de sa course pour l’Élysée, les parlementaires de LFI n’excluent pas de soumettre le projet à l’Assemblée, sous forme d’une proposition de loi.

Lire aussi :

 (Reporterre, juin 2021)
Les biorégions, une alternative écologique aux régions administratives

(...) Il est possible d’imaginer de nouveaux espaces politiques, plus ancrés et plus habités. Des territoires découpés « non par la législature mais par la nature ». C’est ce que propose la théorie biorégionaliste. Ses tenants rappellent que la question écologique est une affaire d’échelle et de sensibilité au vivant. (...)

depuis des décennies, à bas bruit, des écologistes essayent de faire émerger d’autres récits. Ils imaginent des modèles d’organisation différents pour renouer avec la réalité terrestre et sortir de l’économicisme. Ils repensent nos territoires à l’aune des écosystèmes. Ils dessinent de nouvelles cartographies pour prendre en compte les continuités écologiques et les milieux de vie, les migrations animales, les cycles de l’eau, les chaînes de montagnes. (...)

Avec la crise sanitaire, leur approche a suscité un regain d’intérêt. La pandémie a montré la vulnérabilité de nos espaces politiques et la nécessité d’en inventer de nouveaux, moins artificiels, plus ancrés. Cette idée s’incarne aujourd’hui dans le concept de « biorégion ». Entre cette dernière et les régions administratives, telles qu’elles existent actuellement, il n’y a pas seulement un préfixe mais tout un monde.

Une biorégion, selon l’essayiste américain Kirkpatrick Sale, est « un lieu défini non par les diktats humains mais par les formes de vie, la topographie, le biotope ; une région gouvernée non par la législature mais par la nature ». Chaque biorégion est précisément située, unique et reconnaissable. On y retrouve des espèces animales et végétales spécifiques, un climat dominant, des types de sols caractéristiques autant que des modalités d’installations humaines particulières. « Parler de biorégion, c’est tenter de décrire un milieu de vie plus qu’humain, partagé et cohabité », explique à Reporterre le professeur d’architecture Mathias Rollot. Son échelle emblématique est le bassin-versant. Les biorégions suivent les torrents, les rivières et les fleuves qui apportent avec l’eau la vie et créent une première forme de communauté. (...)

La biorégion n’est pas un terroir, souligne cependant le professeur. Elle possède aussi — et c’est ce qui fait sa force — un aspect politique. À l’intérieur de cet espace, ses habitants sont engagés dans une démarche d’enracinement et d’autonomie. « Ils cherchent à se découpler de la mégamachine et à réduire leur dépendance, souligne la chercheuse Agnès Sinaï, de l’institut Momentum. La biorégion invite à redimensionner les établissements humains pour qu’ils intègrent la bonne échelle, la bonne proportion de prélèvement de ressources et le bon rythme. » C’est un antidote à l’aménagement capitaliste du territoire, un antidote à sa prédation et à son avidité. (...)

« Nous ne voulons plus être les spectateurs d’un monde qui n’en finit pas de s’effondrer »

Si la théorie des biorégions est née aux États-Unis sur les côtes californiennes, portée par des précurseurs de l’écologie radicale, cette approche a trouvé récemment des émules en France. Ces dernières années, les éditions Wildproject ont traduit et publié de nombreux textes. Alors qu’il devient de plus en plus clair que nos découpes administratives et nos anciens référents politiques, issus du productivisme, ne tiendront pas le choc climatique, l’idée infuse.

Dans un entretien à BFM TV, le 9 juin 2021, le leader de la France insoumise et candidat à l’élection présidentielle Jean-Luc Mélenchon s’en est lui-même fait l’écho. Il a proposé une réorganisation des régions françaises « pour les faire correspondre aux bassins-versants ». Dans leur livre Propositions pour un retour sur Terre, plusieurs grands noms de l’écologie dont Dominique Bourg et Pablo Servigne ont aussi émis l’idée de remplacer le Sénat par une « Assemblée des biorégions », dotées chacune d’une autonomie. (...)

Mais c’est sûrement au niveau des luttes, sur le terrain, que l’approche biorégionaliste s’épanouit le mieux. (...)