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"On sait comment ça se passe, elle pourrait se retrouver dans un hôtel !" : dans la zone d’attente de l’aéroport de Roissy, des mineurs étrangers face à la justice
#Roissy #MNA #migrants #immigration
Article mis en ligne le 5 juillet 2026
dernière modification le 2 juillet 2026

À deux pas des pistes de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle, les étrangers enfermés dans la zone d’attente sont entendus par la justice dans une annexe du tribunal de grande instance de Bobigny. Parmi eux, des mineurs arrivés seuls en France et pleins d’incertitude sur leur sort. Ce mercredi 1er juillet, ils étaient trois à comparaître devant la juge des libertés et de la détention.

(...) C’est la deuxième fois que Nabil voit la JLD. L’adolescent est arrivé le 19 juin à Paris sans document de voyage, ni document d’identité. Il a été immédiatement placé en zone d’attente. Le 23 juin, son maintien en Zapi a été prolongé une première fois pour huit jours. Voilà donc déjà 13 jours qu’il vit dans l’espace de la zone d’attente réservé aux mineurs et géré par la Croix-Rouge. À son air inquiet, on se doute que l’adolescent n’avait pas imaginé que son arrivée en France se passerait de cette manière. (...)

En vertu du Pacte européen asile et migration entré en vigueur le 12 juin, Nabil a été soumis à la procédure de filtrage et a exprimé son souhait de demander l’asile dès son arrivée en France. Mais les choses traînent et le jeune en fait les frais. La question du jour n’est pas de savoir pourquoi Nabil veut demander l’asile mais quand il pourra le faire car la durée maximale de sept jours de maintien d’un mineur en zone d’attente pour la procédure de filtrage a déjà été largement dépassée. L’adolescent "semble se trouver entre deux procédures : le filtrage et l’asile – tout en étant privé de liberté", a dénoncé l’Anafé (Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers), dans un communiqué publié le 30 juin. (...)

"Vous êtes mineur, seul, en zone d’attente, sans papiers. Le rôle de la France maintenant, c’est de vous protéger", souligne la juge avant de demander aux différentes parties leurs recommandations. "Et vous, que voulez-vous jeune homme ? Moi, je veux demander l’asile et aller rejoindre mon oncle en Italie", répond Nabil.

Partie de Mayotte, via Doha

Le deuxième dossier examiné ce mercredi saisit la salle d’audience de sidération. C’est une petite fille, les cheveux tressés avec des perles de couleurs, qui s’installe sur la chaise en face de la juge. Assia a 9 ans, une veste en jean et un petit sac à dos bleu et rose qu’elle tient serré contre elle. Le 28 juin, la fillette est arrivée seule de Doha, au Qatar. Sa mère l’avait fait monter dans un avion au départ de Mayotte avec de faux papiers. (...)

De sa voix d’enfant, Assia raconte en français qu’une tante était censée la récupérer à l’aéroport. La tante en question, en robe et voile vert kaki, est présente dans la salle d’audience mais, après vérifications de l’administrateur ad hoc, elle n’a en fait aucun lien de parenté avec la fillette, qui dit d’ailleurs ne pas la connaître. (...)

"Que faire d’Assia ?", semble se demander la juge. Son avocate et son administrateur ad hoc demandent un renvoi au parquet en vue d’une ordonnance de placement provisoire, dans l’attente que les parents d’Assia acceptent de la reprendre. (...)

Mais la juge estime que leur demande n’est pas sérieuse. Autour de la fillette, l’atmosphère se tend. "On est en Seine-Saint-Denis, on sait comment ça se passe ! Elle se retrouvera dans un hôtel ce soir alors qu’elle est extrêmement vulnérable", s’indigne la magistrate.

Il n’y pas de bonne solution pour la petite Assia. Son avocate plaide l’intérêt supérieur de l’enfant pour la faire sortir de la zone d’attente. La représentante de l’administration demande, elle, son maintien en zone d’attente, au motif que la petite fille y serait plus en sécurité que dans un hôtel. Une solution décriée par l’Anafé. (...)

Ousmane est arrivé à Paris le 27 juin avec de faux papiers. C’est sa mère qui a voulu qu’il quitte le Sénégal pour venir vivre avec son père en France, explique-t-il d’une voix si basse que même son interprète assis à côté de lui a du mal à l’entendre.

Son père est présent dans la salle d’audience mais la juge n’est pas convaincue du lien de parenté entre lui et l’adolescent. "Avez-vous déjà vu votre père ? Pourquoi ce changement de vie a-t-il été décidé pour vous ?", interroge-t-elle.

Le père plaide sa bonne foi mais cumule les difficultés. Il parle très mal le français, vit dans un foyer de travailleurs où il ne peut pas accueillir son fils et ne semble pas conscient des démarches à effectuer pour l’inscrire à l’école.

"Votre fils devra avoir un toit sûr et stable et vous n’êtes pas en mesure de lui donner ça", met en garde la juge. L’avocat et l’administrateur ad hoc d’Ousmane réclament qu’il soit remis à son père. "Si ce jeune semble apeuré, c’est que c’est la toute première fois qu’il vient en Europe", avance encore son conseil.

Les délibérés tombent en fin de journée. (...)