Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
RFI
Mozambique Exposed : dans le Cabo Delgado, la confiscation des ressources naturelles nourrit le terrorisme des shebabs
#Mozambique #pillage #corruption #terrorisme #CaboDelgado
Article mis en ligne le 9 juin 2026

Depuis près de dix ans, les shebabs, un groupe islamiste, terrorisent cette région du nord du Mozambique. Riche en ressources naturelles, le Cabo Delgado reste pourtant la province la plus pauvre du pays. La captation des richesses par les autorités et des acteurs étrangers, la violence des forces de sécurité et la corruption ont créé les conditions d’émergence du groupe armé. Premier épisode de l’enquête « Mozambique Exposed » du consortium coordonné par Forbidden Stories à laquelle RFI a contribué.

En 2017, à Namanhumbir, près de la ville de Montepuez dans les terres du Cabo Delgado, la saison des pluies a déjà commencé, quand des milliers de mineurs artisanaux voient arriver les forces de l’ordre mozambicaines. Avec brutalité, ils sont arrêtés pour « exploitation minière illégale ». La plupart de ces « garimpeiros » ne sont pas de la région. Certains repartent dans leur district d’origine ou dans le Sud de la Tanzanie voisine. D’autres rejoignent les rangs d’un mystérieux groupe armé, qui prend de l’ampleur dans la région. « À partir de là, c’était la guerre », confie un mineur à l’ONG International Crisis Group, dans un rapport daté de 2021.
Captation des richesses

« La mainmise sur les ressources naturelles par des compagnies étrangères est l’un des principaux thèmes du discours des shebabs », explique Joao Feijo, chercheur à l’Observatoire du milieu rural.

Parmi ces ressources : les pierres précieuses dont les filons ont été découverts en 2009. (...)

« Les tortures, les détentions illégales, les assassinats… Tout cela continue, s’indigne Aly Caetano, coordinateur du Centre pour la démocratie et les droits humains (CDD), dans le Cabo Delgado. Pendant ce temps-là, la route Montepuez-Pemba reste la plus mauvaise de la région. Ce sentiment de vol, nourrit le discours des terroristes ». (...)

Corruption

La société civile du Cabo Delgado dénonce également la corruption des autorités qui accompagne le pillage des ressources de la région. Tout au nord du pays, par exemple, se trouve la réserve naturelle de Niassa. Un site protégé, devenu aussi le théâtre de nombreux trafics comme celui de l’ivoire ou des essences de bois.

En août 2020, 82 conteneurs à destination de la Chine ont été saisis au port de Pemba, par les autorités mozambicaines. À l’intérieur, des grumes de bois illégalement coupés. Quatre mois plus tard, ces conteneurs ont mystérieusement échappé à la vigilance des douanes mozambicaines. Soixante-six d’entre eux ont finalement été récupérés, sur leur trajet pour la Chine, d’après l’ONG Environmental Investigation Agency (EIA).

Largement dominé par des acteurs chinois, le secteur du bois au Mozambique est aussi fortement lié aux intérêts économiques de cadres du Frelimo. (...)

Ordre nouveau

Situé à plus de 3 000 km de Maputo, la capitale du Mozambique, le Cabo Delgado est la région la plus pauvre du pays. Selon le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), le revenu moyen par habitant reste inférieur à un dollar par jour. L’illettrisme touche 61 % de la population et 45 % des enfants souffrent de malnutrition chronique.

« Les shebabs veulent instaurer un califat islamique, explique Vasco King, de l’organisation de défense des droits de l’homme Kundeleya, à Pemba. Ils estiment qu’il faut mettre en place un ordre plus juste. Ils capitalisent sur une situation sociale marquée par le chômage et le sous-développement ». (...)

État islamique

En 2019, les shebabs du Mozambique ont prêté allégeance à l’organisation État islamique (EI). (...)


Sanjay Rao, CC0, via Wikimedia Commons