Les corps de deux jeunes hommes ont été retrouvés, probablement le 5 juillet, dans la montagne de Jbel Musa, au nord du Maroc, à une poignée de kilomètres de Ceuta. Ils avaient tenté de franchir en parapente la frontière de l’enclave espagnole. L’un des deux hommes a été identifié par les associatifs : il s’agit d’un Soudanais né au Darfour du sud et âgé de 27 ans.
(...) Un jeune Soudanais de 21 ans, Ali*, a été le premier à filmer la zone du sinistre et à poster une vidéo sur son compte Facebook, le 6 juillet, peu après minuit. Le décès des deux jeunes hommes est donc antérieur à cette date. Sur sa vidéo, on voit les deux jeunes hommes recroquevillés, dos à dos l’un contre l’autre, leurs visages contre le sol. (...)
"Avec la répression, les gens ont beaucoup de stress et sont en train de trouver d’autres moyens pour passer"
Le massif de Jbel Musa se situe à une poignée de kilomètres de la frontière espagnole. Le jeune soudanais qui a filmé leurs corps a d’ailleurs posté le lendemain une vidéo de lui avançant dans la forêt de cette zone montagneuse. À l’horizon, le haut mur de Ceuta : son objectif à franchir, comme cela l’était pour les deux jeunes décédés.
"Il y a beaucoup de Soudanais ici. Nous sommes entre 400 et 600 dans la forêt, à essayer d’aller à Ceuta", décrit Ali, joint par InfoMigrants. "Parmi nous, il y a des Soudanais qui sont là depuis plusieurs années. Souvent, on travaille au Maroc, puis on va à la forêt pour essayer de rejoindre Ceuta. 1 % réussit à franchir la frontière. Les autres passent beaucoup de temps à essayer. Moi, ça fait un an et sept mois que j’essaye de traverser le mur.." Lui et le groupe avec lequel il a fui la guerre au Soudan rêveraient d’aller en France, ou en Allemagne. "On est partis pour refaire notre vie." (...)
4 372 migrants en situation irrégulière ont bénéficié de programmes de "retour volontaire" vers leur pays d’origine au cours de l’année dernière. Mais, "il n’y a rien de moins volontaire que les ’retours volontaires’", avait alerté l’an dernier Jean-Pierre Cassarino, enseignant chercheur au Collège d’Europe en Pologne, évoquant des migrants "acculés" et des "expulsions" qui ne disent pas leur nom. (...)
"Cette répression et la militarisation des frontières à Ceuta comme à Melilla créent beaucoup de stress chez les gens. La conséquence est qu’ils sont en train de trouver d’autres moyens pour passer. En plus, il y a en ce moment une vague anti-migrants au Maroc, qui n’en fait pas un pays sûr pour y rester", (...)
"Lorsque les politiques migratoires ferment les frontières et n’ouvrent aucune issue sûre pour demander l’asile, les demandeurs d’asile sont obligés de recourir à des moyens de plus en plus dangereux", a également dénoncé l’AMDH dans son post Facebook.
Un jeune homme identifié sur les deux
L’une des deux victimes est un demandeur d’asile soudanais du Darfour du Sud, nommé Mohamed Saif Al-Din Moussa Douma, né en 1999. Un document retrouvé sur lui et publié par l’ADMH confirme cette identité. (...)
De rares tentatives depuis un passage en parapente réussi à Ceuta il y a neuf mois (...)
Au moins 11 décès depuis le début de l’année au niveau de l’enclave de Ceuta
D’ordinaire, les exilés organisés collectivement escaladent - non sans risques - les barrières grillagées de plusieurs mètres de haut, équipées de caméras et de miradors, qui marquent la frontière entre le Maroc et ces enclaves espagnoles. Ces tentatives de franchissement sont parfois mortelles, et violemment réprimées par les autorités espagnoles et marocaines. (...)