J’étais aux assises de la presse pas pareille, dans l’Aveyron, avec Mouais. L’Empaillé, l’Âge de Faire, CQFD, la Brique…. Une belle brochette de journalos « sans pub et sans pitié », fidèles envers et contre tout à ce mantra : « La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté » (Déclaration des droits et des devoirs de la presse, 1944). Petit hymne à cette presse.
Ma presse, elle vibre, comme un éclat de rire ou de vitrine. Elle irrigue et elle irise, et il faut la voir chaque année se rassembler, généralement au milieu des champs, avec une cantine autogérée et une tireuse de bière locale à portée de main, et loin, si loin toujours, des cocktails parisiens et autres pince-fesses mondains où ça ne sait pas se serrer dans les bras comme nous on le fait, où ça n’arbore pas la crête ou les T-shirts de festoche avec autant d’élégance que nous le faisons, car jamais au grand jamais personne ne nous fera porter un costume. (...)
Ma presse, elle brûle. Elle enflamme les rois du carnaval, elle fout des feux follets au fond des cervelles qui ronflent, et elle brille de tellement loin qu’on la voit jusqu’en Palestine, au Venezuela, en Iran, en Ukraine, au Soudan ou à Cuba, partout où les ennemis de ma presse et de tous les peuples libres répandent leur fiel et leur fioul (...)
Ma presse, elle est à la gauche de la gauche de la gauche, et elle se fait un honneur de ne pas prétendre parler à tout le monde (...)
Mais dans le même temps, ma presse, elle a des milliers, des millions d’yeux et de mains à la plume. Artifice artisanal, elle s’échange dans les teufs, elle s’écrit dans les squats, elle prend le frais dans les ZADs, et on voit ses pages se froisser dans les vestiaires d’usine, les infokiosques sauvages, les piquets de grève et les manifs non déclarées. (...)
Car ma presse, elle durera. Dans cent ans le papier aura jauni mais il sera toujours là. Quand les data centers auront cramé, quand l’élec’ aura définitivement sauté, on la lira encore à la lumière d’une aube nouvelle.
Ma presse, attend le retour des Jours heureux. Et pour patienter elle relit les déclarations solennelles de la Fédération nationale de la presse française dans sa Déclaration des droits et des devoirs de la presse de 1944 :
« Art. 1. La presse n’est pas un instrument de profit commercial, mais un instrument de culture ; sa mission est de donner des informations exactes, de défendre des idées, de servir la cause du progrès humain. Art. 2. La presse ne peut remplir sa mission que dans la liberté et par la liberté. Art. 3. La presse est libre quand elle ne dépend ni de la puissance gouvernementale ni des puissances d’argent mais de la seule conscience des journalistes et des lecteurs. »