Élevages de poulets décimés, vaches suffocantes, poissons asphyxiés dans les cours d’eau… Au-delà de la tragédie humaine – au moins un millier de décès supplémentaires depuis mercredi 24 juin par rapport aux mois précédents, selon les premières estimations de Santé Publique France publiées ce dimanche –, l’épisode caniculaire extrême de ce mois de juin a provoqué des scènes d’horreur dans le monde animal. Une hécatombe encore difficile à estimer précisément, mais dont on sait qu’elle se chiffre a minima à des millions de décès.
On entend trop peu parler de ces morts silencieuses. Comme l’expliquait déjà sur Bon Pote la vulgarisatrice scientifique Florence Dellerie, le traitement médiatique des catastrophes climatiques est souvent teinté de spécisme. Une forêt partie en fumée ? “Zéro victime à déplorer”, comme si les animaux non-humains ne méritaient aucune considération. Même logique en période de vague de chaleur, où la lutte contre la chaleur s’est résumée sur de nombreux plateaux télé à climatiser nos intérieurs sans se préoccuper une seconde de la faune et de la flore qui s’éteignent dehors. Une forêt, un champ, un jardin ou un parc, ça ne se climatise pas. On a beau s’enfermer dans des bulles fraîches (pour ceux qui le peuvent), si le monde vivant dépérit autour de nous, on n’aura pas gagné grand-chose.
Ces biais anthropocentrés sont loin d’être anodins car ils “influencent directement notre compréhension de ces catastrophes, amoindrissent leur gravité perçue, et rendent invisibles certaines souffrances, jugées négligeables”, prévient encore Florence Dellerie.
Des poules décimées par millions (...)
Surtout, ces pertes immenses sont souvent minimisées dans les discours médiatiques. Concernant les pertes dans les élevages de volailles, par exemple, France Info relativise : “C’est moins de 1 % de la production annuelle nationale.” Comme si ces animaux n’étaient qu’une simple marchandise dont la perte était avant tout regrettable sur le plan économique. Dans de nombreux médias, le cadrage se focalise plutôt sur les “baisses de production” et les “pertes économiques”, qui sont bien entendu déplorables pour les éleveurs mais esquivent toute remise en cause d’un système délétère. (...)
Une hécatombe loin des regards
Autre élément souvent occulté par les analyses anthropocentrées, “les animaux souffrent plus de la canicule que les humains car leur thermorégulation est bien moins performante, à l’exception de celle des chevaux (…)
Les animaux de compagnie, eux, ont vu leur mortalité augmenter de 10 % durant la canicule de juin 2026, selon les estimations fournies à France Info par des urgences vétérinaires.
Chez les espèces sauvages, le phénomène est plus difficile à mesurer, mais quelques indices nous mettent sur la piste. (...)
Une grande partie de la surmortalité en période caniculaire reste néanmoins invisible, et de toute évidence sous-estimée. (...)
Des millions d’animaux morts, et après ?
Parler de surmortalité massive des animaux sans remettre en question l’élevage intensif est aussi vain que de réduire les discussions sur la canicule à la climatisation. Les deux ont l’avantage de ne pas évoquer les enjeux structurels au cœur du problème, tout en nous donnant l’impression que nous sommes condamnés à subir les vagues de chaleur en boucle sans rien pouvoir faire. (...)
Crédit image : Maqi, CC BY-SA 3.0, via Wikimedia Commons