Bandeau
McInformactions.net
Travail de fourmi, effet papillon...
Descriptif du site
Chronique de Palestine/ Jonathan Cook
Le complot contre Palestine Action
#Israel #Gaza #Cisjordanie #genocide #famine #tortures #RoyaumeUni #PalestineAction
Article mis en ligne le 27 juin 2026
dernière modification le 25 juin 2026

Les tribunaux britanniques ont confirmé la décision du gouvernement d’interdire Palestine Action et ont condamné quatre de ses militants pour terrorisme. Une série d’abus dans la procédure judiciaire est à l’origine de cette issue pour ainsi dire prédéterminée.

Il était pratiquement inévitable que, dès lors que le gouvernement britannique avait décidé de soutenir activement le massacre de masse de civils perpétré par Israël à Gaza, s’ensuive une répression autoritaire sans précédent contre la dissidence sur le territoire national.

Ce climat de répression officielle a culminé cette semaine lorsque la Cour d’appel — la deuxième plus haute juridiction du Royaume-Uni — a confirmé la décision prise l’année dernière par le gouvernement d’interdire Palestine Action en tant qu’organisation terroriste.

La nécessité d’écraser l’opposition à la complicité de l’État britannique dans les atrocités israéliennes à Gaza — que le consensus des experts internationaux juridiques, universitaires et des droits de l’homme a qualifiées de génocide — a conduit à de nombreuses premières dans l’histoire juridique britannique.

Mais l’interdiction de Palestine Action est peut-être la plus fondamentale, et la plus dangereuse.

C’est la première fois qu’un groupe d’action directe, dont la forme de désobéissance civile consiste à endommager des biens plutôt qu’à recourir à la violence contre des personnes, est déclaré organisation terroriste, au même titre qu’Al-Qaïda et l’État islamique. (...)

Le groupe admet causer des dommages matériels, mais fait valoir que ses attaques sont justifiées par un devoir supérieur envers le droit international, qui impose une obligation aux tiers d’empêcher les atrocités et le génocide plutôt que de se rendre complices de tels crimes. Et compte tenu de l’implication profonde de l’État britannique dans les atrocités commises par Israël à Gaza, ce devoir revêt une importance particulière.

Le Royaume-Uni vend des armes à Israël. Il autorise des fabricants d’armes israéliens tels qu’Elbit à exploiter au Royaume-Uni des usines qui construisent des drones meurtriers (dont l’un a été utilisé pour tuer sept travailleurs humanitaires de World Central Kitchen à Gaza en avril 2024, dont trois citoyens britanniques).

Des avions britanniques transportent des armes américaines et allemandes vers Israël. Et le Royaume-Uni effectue des vols de surveillance incessants au-dessus de Gaza afin de fournir à Israël des renseignements utilisés pour anéantir l’enclave.

Ce n’est pas tout. La Grande-Bretagne a fourni à Israël une couverture diplomatique pour ses crimes, notamment au Conseil de sécurité de l’ONU. Des généraux et des responsables politiques israéliens soupçonnés de crimes de guerre à Gaza sont accueillis au Royaume-Uni.

Et alors qu’il était ministre des Affaires étrangères du gouvernement précédent, David Cameron a menacé de retirer son financement à la Cour pénale internationale (CPI) — en violation des obligations légales de la Grande-Bretagne au titre du Statut de Rome — suite à la décision de la Cour de délivrer un mandat d’arrêt contre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu.

La complicité britannique dans les crimes israéliens est la raison pour laquelle Palestine Action a été fondée il y a six ans, et l’organisation a intensifié ses actions, en particulier contre les usines Elbit, lorsque Israël a lancé son offensive actuelle contre Gaza en octobre 2023.

Ses actions visaient non seulement à interrompre l’approvisionnement en armes d’Israël, mais aussi à susciter un débat au Royaume-Uni sur les raisons pour lesquelles le gouvernement devrait cesser d’aider activement à la perpétration de ces crimes contre le peuple palestinien. (...)

En vertu de la loi britannique draconienne sur le terrorisme, toute personne exprimant une opinion, même sans le vouloir, susceptible d’« encourager le soutien » à une organisation interdite peut être arrêtée et encourt potentiellement une peine d’emprisonnement pouvant aller jusqu’à 14 ans.

Ces vagues de protestation très visibles, qui se déroulent souvent sur la place adjacente au Parlement britannique, ont profondément déconcerté le gouvernement de Starmer — ainsi que ce dernier personnellement, compte tenu de son parcours d’ancien avocat de premier plan spécialisé dans les droits de l’homme.

Starmer avait autrefois fait valoir devant la CPI que l’attaque prolongée menée par la Serbie contre la ville croate de Vukovar constituait un génocide, mais il a à plusieurs reprises refusé d’appliquer cette même qualification à la destruction de Gaza par Israël, qui est d’une gravité bien supérieure.

Au début de cette année, il a brièvement semblé que les manifestations avec pancartes auraient pu valoir à Palestine Action un sursis. La Haute Cour a statué en février que l’interdiction prononcée par le gouvernement en juillet dernier était « illégale », du fait que son effet dissuasif était compromis par la répression excessive de la liberté d’expression et du droit de manifester.

Cependant, la police a été autorisée à continuer d’arrêter les personnes brandissant des pancartes, ce qui n’a pas amélioré l’effet dissuasif censé préoccuper la Haute Cour.

La Cour d’appel ayant désormais infirmé cette décision peu convaincante, l’arrêt de la Haute Cour contre l’interdiction ressemble davantage à une manœuvre de diversion — une mise en scène juridique cynique. (...)

Un procès manipulé

Le procès des six militants de Palestine Action a débuté en novembre 2025, se déroulant parallèlement aux délibérations de la Haute Cour et de la Cour d’appel visant à déterminer si le gouvernement était fondé à déclarer le groupe comme organisation terroriste.

Le gouvernement s’est servi de ce procès pour renforcer son dossier en faveur de l’interdiction, et ce faisant, a compromis la procédure à l’encontre des six accusés avant même qu’elle n’ait commencé. (...)

Parallèlement, des rumeurs ont commencé à circuler dans les médias britanniques — qui auraient été lancées par une agence de relations publiques travaillant pour Elbit Systems — suggérant que Palestine Action était secrètement financé par l’Iran. Aucune preuve n’a jamais été apportée à l’appui de cette allégation. (...)

Comme Amnesty International l’a souligné après la décision rendue cette semaine par la Cour d’appel confirmant l’interdiction : « L’interdiction de Palestine Action en tant qu’organisation terroriste constitue un grave abus des pouvoirs antiterroristes, avec de sérieuses conséquences pour les droits humains.

Qualifier les actions de protestation directes de terrorisme relève d’un énorme excès de zèle. » L’organisation a ajouté que cette décision « laisse la porte grande ouverte aux gouvernements pour réprimer d’autres mouvements de protestation à l’avenir ». (...)


Crédit image : 9 août 2025, Londres -Des personnes participant à une manifestation contre l’interdiction de l’association « Palestine Action » - Photo : réseaux sociaux