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Mediapart
La santé mentale grande cause nationale : « Des mensonges aux citoyens »
#santeMentale
Article mis en ligne le 25 juin 2026
dernière modification le 22 juin 2026

Un coupe-file pour les élèves en détresse psychique, un objectif « zéro contention » : les dernières mesures annoncées autour de la grande cause nationale pour la santé mentale ont scandalisé les professionnels, qui dénoncent un secteur exsangue. Un appel à la grève des psychiatres publics est lancé pour la mi-septembre.

(...) Cela nous a fait beaucoup rire. » La présidente du Syndicat des psychiatres des hôpitaux (SPH), la docteure Marie-José Cortès, elle, ne décolère pas : « Ce sont des mensonges aux citoyens. »

Début juin, la ministre, entourée de ses homologues chargé·es de l’éducation, de la citoyenneté et de l’intelligence artificielle, a organisé à l’Assemblée nationale « un colloque », grand raout devant les représentant·es de la psychiatrie, pour dresser le bilan et donner de nouvelles « perspectives » aux deux années de grande cause nationale dédiées à la santé mentale en 2025 et 2026.

Le bilan en question, si l’on en croit Stéphanie Rist : la santé mentale serait devenue « l’affaire de toute la société ». La preuve : 300 000 personnes se sont formées aux premiers secours en santé mentale et 1,8 million de patient·es ont bénéficié du dispositif MonSoutienPsy depuis son lancement en 2022. (...)

Pourtant, à la sortie de ce colloque, les quatre organisations syndicales de la psychiatrie – l’Intersyndicale de la défense de la psychiatrie publique, le Syndicat des psychiatres d’exercice public, le Syndicat des psychiatres des hôpitaux et l’Union syndicale de la psychiatrie – ont partagé leur « consternation » et leur « colère ». Le 15 juin, ils ont annoncé « un mouvement de mobilisation et de grève de tous les psychiatres publics à partir de mi-septembre ».

Partout en France, des services de psychiatrie alertent, en vain, sur la situation dramatique de leur discipline (...)

« Une cinquantaine d’enfants sont sur liste d’attente, il faut environ trois mois pour voir un psychiatre », précise Roselyne Deschamps. L’unité d’hospitalisation en pédopsychiatrie est quasiment fermée : « Il n’y a plus que trois lits ouverts, réservés aux urgences », poursuit-elle.

En Mayenne, « pour les adolescents, il n’y a pas d’attente pour avoir accès au CMP, parce qu’il n’y a plus aucune place disponible », explique Sylvain Bihel, syndicaliste FO et infirmier psychiatrique au centre hospitalier de Laval, qui a la charge de la psychiatrie dans le département. (...)

La situation est un peu meilleure pour les « moins de 12 ans », selon l’infirmier. « Il y a trois à six mois d’attente pour obtenir une consultation au CMP. »

À Laval, la situation est pire encore pour les adultes : il n’y a « plus aucun psychiatre à compter du 1er juillet », a annoncé le 15 juin le syndicat FO. (...)

« Aujourd’hui, il y a de la contention, parce que les soignants sont effrayés face à des patients en crise, violents pour eux-mêmes et pour les autres, dit Marie-José Cortès, la présidente du SPH. Pour bien prendre en charge les crises, parvenir à apaiser la situation, il faut des soignants en nombre et correctement formés. » Stéphanie Rist n’a fait aucune annonce budgétaire permettant d’espérer un grand plan de formation et de recrutement. (...)

Lors du colloque du 2 juin, « pas une seule fois le mot “psychiatrie” n’a été prononcé, à part pour annoncer l’ouverture de nouveaux postes d’internes », assure la docteure Cortès. Mais là aussi, il y a un problème : « 15 % des postes restent non pourvus. La psychiatrie est l’avant-dernière spécialité choisie par les internes en médecine. Ils sont effrayés par nos conditions de travail. »