Le sexisme dans l’espace public est une réalité quotidienne, banale et dramatique. C’est ce qu’il ressort des centaines de témoignages recueillis dans le cadre d’un appel lancé par l’asbl Vie Féminine. Pourtant, depuis trois ans, il existe dans notre pays une loi contre le sexisme. Mais son anniversaire se fête en demi-teinte ; la législation reste en effet controversée. Mal connue, difficilement applicable, souvent réduite à la lutte contre le harcèlement de rue – alors qu’elle concerne « l’espace public » au sens large –, la loi gagnerait à être améliorée : c’est l’avis d’associations féministes et de femmes politiques qu’axelle a interviewées dans le dossier dont cet article est extrait.
Selon l’asbl JUMP, plus de neuf femmes sur dix ont déjà été confrontées à des comportements sexistes dans l’espace public, particulièrement en rue ou dans les transports en commun. Des gestes graves qui rappellent constamment aux femmes qu’elles n’auraient rien à faire hors de chez elles. Une étude de l’Université des Femmes le constate également : « Le phénomène relève en fait de pratiques connues, anciennes qui ont pour terreau la division sexuelle du travail : aux hommes les tâches extérieures, publiques, liées à la production, et aux femmes, les tâches domestiques, privées, liées à la reproduction. »
Ces derniers mois, le mouvement Vie Féminine a donc collecté les histoires de ce sexisme ordinaire, à travers un appel à témoignages destiné prioritairement aux jeunes femmes. Leurs récits permettent de mieux appréhender la situation. (...)
Ainsi, l’agression verbale est la catégorie d’agression la plus fréquente. « Pratiquement toutes les jeunes femmes dénoncent avoir subi des insultes », explique Laetitia Genin, coordinatrice nationale de Vie Féminine. Suivent les agressions non verbales (se faire siffler, dévisager ou suivre) et les agressions physiques, qui se révèlent parfois très violentes, comme en témoigne Anya (tous les prénoms ont été modifiés) : « En six mois, j’ai […] eu une main dans ma culotte, un coup de poing et une tentative de ‘bisou’ »… En dernière position se trouvent encore les agressions du type gestes obscènes ou exhibitionnisme. (...)
Peu de plaintes…
Ces situations dévoilent le quotidien harassant de toutes les femmes qui « s’aventurent » à l’extérieur. Il existe pourtant une loi censée lutter contre ces comportements : la loi contre le sexisme, du 22 mai 2014, impulsée par Joëlle Milquet (cdH) dans le sillage de l’émotion suscitée par le documentaire Femme de la rue de Sofie Peeters, qui reçoit à l’époque de sa diffusion, en 2012, un traitement médiatique important. (...)
Pourquoi si peu de plaintes, alors que les agressions sexistes sont visiblement si nombreuses ? « Je n’ai pas porté plainte, et ce, pour plusieurs raisons : je ne savais pas qu’on pouvait porter plainte, et puis je pense que ma plainte n’aurait pas été prise en compte. Porter plainte contre qui ? Je n’ai pas su identifier l’agresseur. » Le témoignage de Chloé illustre l’une des raisons pour lesquelles la loi est si difficilement applicable : comme en droit d’une façon générale, c’est à la victime d’apporter la preuve de son agression (la « charge de la preuve »), ce qui est parfois mission impossible dans le cas des actes sexistes quand ils sont commis par des personnes inconnues. (...)
Méfiance envers la police
Pour porter plainte, les victimes doivent donc d’abord se rendre au commissariat de police. Une nécessité moins simple qu’il n’y paraît. Des femmes qui témoignent dans l’enquête de Vie Féminine racontent : « C’est assez humiliant comme ça, je n’avais pas envie de risquer d’être rabaissée par la police » (...)
À lire les témoignages, on voit que cette méfiance est fondée. (...)
– consulter le dossier :
SEXISME, BIENTÔT FINI ?
WHERE DO WE STAND ON SEXISM ?