(...) Quand j’ai commencé à écrire L’Envers de la Tech, à l’hiver 2025, la Californie était ravagée par les flammes. Leur vitesse était renforcée par des vents anormalement forts et leur hauteur rendue difficilement maîtrisable par la sécheresse environnante. Quand j’en suis arrivée à l’étape des relectures, j’étais claquemurée chez moi, dans le noir, pour me protéger d’une vague de chaleur inhabituellement élevée. Un an plus tard, la canicule la plus sévère que la France ait connue depuis 2003 nous accable, au point que le 23 juin, le pays a enregistré des chaleurs plus élevées que sur 99,02 % de la planète.
Dans l’intervalle, les décideurs de la tech ne se sont pas gênés pour sortir des dingueries. À quatre jours de la canicule actuelle, Lex Coors, patron de l’Association européenne des centres de données, le principal lobby de l’industrie, a osé déclarer que l’Europe devait faire un choix : soit ses objectifs climatiques, soit la souveraineté dans l’IA. Au nom de quoi cela devrait-il être un débat ? De quelle IA rêve-t-il, sur une planète qui n’accueillerait plus ni les entraîneurs de données, ni les développeuses, ni même les actionnaires, aussi climatisés vivent-ils, nécessaires à la quête de cette technologie à la rentabilité mythologique ?
(...) Donc l’IA, au sens de : ces technologies génératives stupides qu’on nous promeut partout au motif qu’elles fourniraient des « gains de productivité » (gains qui ne se matérialisent actuellement que sous la forme de licenciements sans projet de réemploi, de pertes d’expertise et de connaissances, d’augmentation de la surveillance, de catastrophes supplémentaires en matière de santé mentale), l’IA, ça se combat.
L’autre vérité, c’est qu’il sera impossible de combattre ce genre de vague seul·es, dans notre coin. On en vient donc au besoin de faire de ces questions des enjeux politiques. (...)