Cette semaine, les médias d’extrême droite ont trouvé leur nouvel ennemi public : un enfant de 14 ans. Derrière cette séquence aussi grotesque que révélatrice se dessine un regard qui refuse à certains enfants le droit d’être des enfants. Billet.
Dans leur regard, nos enfants ne sont pas des enfants. Hamza a 14 ans. Comme beaucoup d’enfants des quartiers populaires, il a fait du canal Saint-Martin son terrain de jeu, un espace respirable dans une capitale accablée par la canicule. Mais, pour CNews ou Le Figaro, cet enfant « sème la terreur », il « dicte sa loi ».
Ennemi public, « défavorablement connu de la police », cet enfant a eu l’outrecuidance de mouiller des passants et, ô drame, des policiers. La chaîne de Vincent Bolloré est même allée jusqu’à lui tendre le micro. De sa voix d’enfant un peu éraillée, il raconte la garde à vue et les amendes qu’il s’est prises pour avoir eu l’audace de chercher de la fraîcheur. Une affaire d’État qui sature les chaînes d’info en continu.
Dans le même temps, le premier bilan de Santé publique France fait état d’un millier de morts après cette vague de chaleur historique. La canicule agit comme un puissant révélateur des inégalités. (...)
À hauteur d’enfant, les inégalités se logent aussi dans l’accès aux vacances. Chaque été, 5 millions d’enfants (pauvres) ne partent pas, et les associations qui s’efforcent d’offrir des activités culturelles et sportives voient leurs subventions fondre d’année en année.
Panique (im)morale
Mais revenons à notre affaire. Une affaire si grave qu’un journaliste du Figaro y consacre un édito sur CNews. En bref, cette « petite frappe », dont il faut « responsabiliser les parents », aurait « mérité une sérieuse correction » et représente à lui seul la preuve que « nous ne savons pas traiter la justice des mineurs ». Rien que ça. (...)
Faut-il rappeler que le policier auteur du tir mortel sur Nahel Merzouk, un adolescent de 17 ans, a pu bénéficier d’une cagnotte d’1,6 million d’euros ; que sa mère a été traînée dans la boue ?
Ces mêmes médias ont été beaucoup plus discrets quand il a fallu parler des enfants visés par des tirs à la carabine en Haute-Loire, à grands renforts d’insultes racistes. À l’inverse, ils se sont révélés bien plus loquaces lorsqu’il s’est agi de s’indigner contre des enfants de maternelle brandissant des pistolets à eau lors de leur spectacle de fin d’année. Forcément, ils y ont vu des apprentis terroristes.
Le préjugé d’adultification (...)
rappelez-vous que les ministres de l’Intérieur et de la Justice se sont prononcés en faveur de la suppression de l’excuse de minorité devant les tribunaux.
Ici, ce n’est pas seulement un enfant que l’on juge. L’histoire d’Hamza « la douane » raconte la frontière entre ceux à qui l’on reconnaît une enfance… et ceux à qui on la refuse.