Une partie de la population iranienne est mobilisée pour participer aux funérailles de l’ancien guide suprême iranien Ali Khamenei, tué le 28 février dernier par des frappes américano-israéliennes au premier jour de la guerre. Une autre partie s’échappe de la capitale ou s’enferme dans ses appartements refusant de s’associer à ce qu’elle considère être « une mascarade ». Témoignages.
L’appel à la vengeance de la nation doit retentir aux oreilles du monde entier », a déclaré jeudi 2 juillet, Mohammad Bagher Ghalibaf. Le chef de l’équipe de négociation iranienne et président du Parlement a ainsi invité tout le peuple iranien à participer aux funérailles de l’ancien guide suprême, Ali Khamenei, tué par les États-Unis et Israël le 28 février dernier au premier jour de la guerre contre la République islamique d’Iran.
Parti de Téhéran, le cortège funèbre est arrivé lundi soir dans la ville sainte de Qom, au sud de la capitale, avant de poursuivre sa route vers Nadjaf et Kerbala, en Irak, puis de repartir pour Machhad, au nord-est de l’Iran, ville dont était originaire Ali Khamenei, où il sera enterré jeudi. (...)
Les absents
Si des dizaines de milliers de fidèles ainsi que les représentants du Hezbollah et du Hamas se sont effectivement déplacés à Téhéran pour assister aux cérémonies qui ont eu lieu depuis samedi 4 juillet dans la capitale, ni Hassan Rohani, ni Mohammad Khatami, ni Mahmoud Ahmadinejad, les trois derniers présidents encore en vie n’ont été vus parmi les participants, rappelant les tensions existantes au sein du pouvoir iranien. L’absence de Mojtaba Khamenei, fils et successeur de l’ancien guide, continue également de nourrir les rumeurs quant à son état de santé.
L’appel au rassemblement de Mohammad Bagher Ghalibaf n’a pas non plus été suivie par une partie des habitants de Téhéran qui a décidé de s’échapper vers le nord du pays. Ainsi, sur les réseaux, des vidéos montrent des Iraniens coincés par le trafic sur la route menant vers la mer Caspienne. Certains sortent même de leur véhicule pour danser : « Les routes sont bouchées vers le nord, les gens partent pour s’éclater », s’amuse Mohammad. « Il y a ceux qui sont parties s’amuser dans le nord du pays et ceux qui profitent des jours fériés à Téhéran », confirme Akbar.
Reza est un juriste, proche de la quarantaine, qui a participé aux protestations du début de l’année. Il rappelle que « le guide est mort en hiver, nous sommes en train de l’enterrer en été ! » Et avec ironie il ajoute « Bien sûr, nous sommes en deuil au bord de la mer avec la famille et des amis ! ».
Ahmad a participé à plusieurs manifestations anti-régime depuis une vingtaine d’années. Il vient de traverser tout le pays pour rentrer à Téhéran. Selon lui, pas plus de quelques centaines de milliers de personnes participent aux funérailles (...)
Pour la plupart des Iraniens interrogés, les gens qui participent aux cérémonies sont soit des partisans du régime, soit des profiteurs. (...)
Restrictions de circulation
À Téhéran, selon les témoignages qui nous sont parvenus, les administrations et les services publics ont fermés, tandis que les magasins, les supermarchés, les cafés et les restaurants sont globalement restés ouverts cette semaine (...)
Pour Reza et Vali, le souvenir des événements tragiques des 8 et 9 janvier dernier est encore très vif. « Nous avons beaucoup donné au mois de janvier, nous avons perdu beaucoup d’être chers. (…) Nous étions seuls face aux armes. Nous attendons donc une occasion plus propice pour sortir. Et la prochaine fois espérons que ça soit la dernière avec le minimum de perte », affirme Reza.
Vali lui, est d’autant plus en colère que depuis le début de l’année, il cherche à récolter des fonds pour aider les personnes blessées lors des manifestations du mois de janvier dernier : « Alors que, pendant ce temps le régime dépense des milliards [de touman] pour la cérémonie en l’honneur du tueur. », s’indigne-t-il.