Depuis l’adoption du Pacte européen asile et migration mi-juin, les zones d’attente aux frontières sont utilisées pour filtrer les étrangers arrivant en France. Les migrants n’ayant pas le droit d’entrer sur le territoire y sont retenus, ainsi que les demandeurs d’asile dans l’attente du début de leur procédure. InfoMigrants a interrogé Laure Palun, directrice de l’Anafé, pour mieux comprendre ce qu’il se passe dans ces zones. Entretien.
Laure Palun est directrice de l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les personnes étrangères (Anafé). L’organisation dispose de bureaux dans la zone d’attente de l’aéroport de Roissy-Charles-de-Gaulle. Elle y dispense des conseils et informations pour les étrangers qui se sont vus refuser l’accès au territoire français. L’association documente aussi leurs conditions de vie et d’enfermement.
Depuis l’entrée en vigueur du Pacte européen asile et migration le 12 juin dernier, l’Anafé alerte sur une mise en danger des droits des personnes enfermées dans les zones d’attente françaises. (...)
Laure Palun : Ce sont des lieux privatifs de liberté aux frontières - c’est à dire dans les ports, les aéroports et les gares desservant l’international -, destinés aux personnes dont l’entrée sur le territoire est refusée. Cela concerne des personnes qui n’ont pas les conditions pour entrer sur le territoire, qui vont demander l’asile ou qui vont être en transit interrompu, c’est à dire qui y sont placées lors d’une escale.
Le ministère de l’Intérieur recense 96 zones d’attente dans l’Hexagone et dans les territoires ultramarins. Ces lieux sont gérés par la police aux frontières ou par les douanes. C’est aussi la seule zone en France où les mineurs, qu’ils soient accompagnés de leur famille ou isolés, peuvent être enfermés. (...)
Les personnes y vivent dans des conditions quasi carcérales. L’Anafé dénonce les conditions de vie dans ces structures depuis de nombreuses années. Il y a une présence policière constante. Bien souvent, il y a des barbelés, des grillages, des caméras de vidéosurveillance. Dans la plupart des zones d’attente, il n’y a pas d’accès à l’extérieur et dans certaines zones d’attente, il n’y a pas de fenêtre non plus. (...)
La question du respect des droits en zone d’attente date de bien avant le pacte. Depuis la création du régime de la zone d’attente en 1992, nous dénonçons les violations des droits qui découlent du régime même de la zone d’attente, que ce soit sur l’aspect de la dignité, des conditions d’enfermement, des besoins primaires, mais aussi sur les droits, l’accès à un avocat, l’accès à un téléphone, etc. (...)
Ces choses là n’ont pas changé. (...)