Symptôme de la hausse de la défiance envers les médias, de nombreux extraits d’interviews, enregistrés à l’insu des journalistes par leurs sources, sont de plus en plus relayés sur les réseaux sociaux. L’objectif ? Dénoncer le travail de la presse.
(...) Contre-enregistrement
Pour les journalistes, l’enregistrement remplace parfois la prise de notes. Mais la situation peut s’inverser : les interviewés veulent reprendre le contrôle sur leur parole. Cela peut aller de la demande de relecture des citations, voire de l’article, à la réalisation d’un contre-enregistrement. (...)
Ces dernières années, plusieurs journalistes ont été enregistrés à leur insu au cours d’interviews. Ainsi, en septembre 2025, le député Aly Diouara (La France insoumise) publie sur son compte X, en citant un tweet de BFMTV, un extrait d’un enregistrement vidéo de son interview avec la chaîne au sujet d’un cas de violences policières. « Censurer mes propos, les déformer à votre convenance, puis balancer un extrait tronqué sur les réseaux : c’est de la manipulation, pas du journalisme », déplore l’élu de Seine-Saint-Denis dans le post. Contactés, ni BFMTV ni Aly Diouara n’ont répondu à nos sollicitations.
« Il y a une déontologie. En face, ce n’est pas le cas » (...)
La pratique, plus visible aujourd’hui, ne date pas d’hier. (...)
légalement, ces pratiques sont autorisées. (...)
Patrick Eveno ne voit pas la pratique d’un mauvais œil. « Tous les gens qui sont fréquemment interviewés par les journalistes ont, au moins une fois, vu leur parole manipulée. J’ai déjà regretté de ne pas m’être enregistré pour contredire un article », dénonce l’universitaire, ajoutant que certains journalistes ne prennent même plus la peine de prévenir qu’ils enregistrent l’échange. « C’est vrai que, lorsqu’on est interviewé, on ne retrouve à peu près aucun des propos qu’on a tenus. Mais c’est parce que notre parole est réécrite, et je trouve que mes réponses sont meilleures dans Le Parisien que dans la vie ! Il faut distinguer la lettre et l’esprit », argumente de son côté François Jost.
« Dites bonjour, on est en direct » (...)