Des responsables talibans sont attendus, mardi 23 juin, à Bruxelles pour évoquer avec la Commission européenne le renvoi d’exilés afghans vers leur pays d’origine, une perspective dénoncée par les ONG.
(...) La perspective de cette rencontre, s’inscrivant dans la volonté de l’UE de durcir sa politique migratoire, a suscité de vives critiques à gauche et parmi les ONG de défense des droits humains. « Les pays de l’UE sapent leur crédibilité en condamnant d’un côté les exactions des talibans, exigeant que leurs auteurs rendent des comptes, tout en coopérant avec les talibans sur les retours forcés d’autre part », a dénoncé Human Rights Watch (HRW). (...)
Pour se défendre, la Commission européenne souligne depuis des semaines que cette réunion, coordonnée avec la Suède, se déroule à un « niveau technique », et donc pas directement avec les leaders du gouvernement afghan. « Nous n’allons pas reconnaître le régime taliban, certainement pas, mais je pense qu’il est malgré tout important de leur parler », avait mis en avant le commissaire européen chargé de l’Immigration, Magnus Brunner, il y a une dizaine de jours. La rencontre fait suite à deux déplacements de responsables européens en Afghanistan, portant sur le même sujet, a aussi fait valoir l’exécutif européen.
Plusieurs pays, dont l’Allemagne, ont déjà procédé à de telles expulsions et, malgré les sanctions qui frappent les talibans, plusieurs pays réclament une coopération ponctuelle sur la question migratoire, rapporte notre correspondant à Bruxelles, Pierre Benazet. Les ONG tirent la sonnette d’alarme, car 18 000 Afghans auraient reçu un ordre de quitter le territoire européen, selon des estimations de 2025, et les ONG doutent qu’ils soient tous criminels ou qu’ils posent tous des risques sécuritaires. Certains se demandent aussi quelles seront les contreparties que le régime taliban demandera pour sa coopération.
Les pays de l’UE ont reçu environ un million de demandes d’asile déposées par des Afghans entre 2013 et 2024, selon l’agence de statistiques de l’UE. (...)