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France24
Dans les prisons françaises, la canicule aggrave une "catastrophe pénitentiaire"
#canicule #urgenceClimatique #prisons
Article mis en ligne le 26 juin 2026
dernière modification le 25 juin 2026

Dans des prisons surpeuplées, vétustes et mal adaptées aux fortes chaleurs, détenus comme surveillants pénitentiaires subissent de plein fouet l’épisode caniculaire qui frappe la France. Malgré les mesures d’urgence déployées par les autorités, cet épisode exceptionnel met en lumière une crise carcérale dénoncée depuis des années.

"C’est invivable. On étouffe." À la maison d’arrêt de Tours, dans l’ouest de la France, un détenu dit avoir dû "se battre pour faire baisser la température de l’eau des douches" en pleine canicule. "Elle était bouillante", raconte-t-il par l’intermédiaire de son avocat dans un témoignage recueilli par La Nouvelle République.

Alors que la France a atteint, jeudi 25 juin, un nouveau pic de son épisode caniculaire, avec un thermomètre dépassant localement les 40°C, les personnes détenues figurent parmi les plus vulnérables. Derrière les murs des 186 prisons du pays, la chaleur agit comme un révélateur des failles structurelles du système carcéral français.

Ces dernières semaines, les alertes s’étaient déjà multipliées. (...)

Ces avertissements interviennent dans un contexte de pression sans précédent. Au 1er mai, les prisons françaises comptaient 88 654 détenus, un niveau jamais atteint, pour un taux d’occupation moyen dépassant 140 %. La France figure parmi les mauvais élèves en Europe en termes de densité carcérale : seules la Slovénie et Chypre font pire, selon une étude publiée en juillet par le Conseil de l’Europe, qui compte 46 pays membres.

"Complètement à la ramasse" (...)

Dans certaines cellules, les détenus doivent improviser leurs propres solutions : draps humides suspendus aux fenêtres, sols volontairement inondés pour tenter de rafraîchir l’air, ventilation artisanale. Malgré les dispositifs d’urgence, le système D reste souvent la réponse la plus immédiate à la chaleur.

Dans le même temps, les incidents liés à la chaleur se multiplient. À Carcassonne, dans le sud du pays, une trentaine de détenus ont refusé de regagner leurs cellules après une promenade en raison des températures étouffantes.

Au centre pénitentiaire d’Orléans-Saran, une détenue enceinte de sept mois a porté plainte contre l’administration pénitentiaire pour "mise en danger de la vie d’autrui", estimant que les conditions de détention faisaient peser un risque sur sa santé et celle de son enfant à naître, selon des informations de RTL. (...)

Enfermés "vingt-deux heures par jour" (...)

À cela s’ajoute une particularité du système carcéral français : l’absence de réfectoire. Les repas sont consommés dans les cellules, où ils sont parfois réchauffés. "La nourriture servie en cellule est exposée à la chaleur ambiante, avec le risque qu’elle se dégrade", résume André Ferragne.

Mais, si la surpopulation aggrave la situation, elle n’en est pas l’unique cause. Une grande partie du parc pénitentiaire français est vieillissante et mal adaptée aux épisodes de chaleur extrême. Fenêtres obstruées par des dispositifs de sécurité, absence de ventilation traversante, manque d’espaces végétalisés : autant d’éléments qui transforment certaines prisons en véritables fours. "Les cellules n’ont une ouverture que d’un côté. Il est matériellement impossible d’y créer des courants d’air", explique André Ferragne.(...)

Les systèmes de sécurité limitent également la circulation de l’air.(...)

Pour les détenus, le problème est d’autant plus aigu qu’ils ne disposent d’aucune liberté de mouvement. "L’enfermement implique l’absence de mobilité et donc l’impossibilité de se rendre dans un lieu plus frais", rappelle l’étude de Notre affaire à tous. (...)

"La tension déjà existante ne fait que s’exacerber"

Même les établissements les plus récents ne sont pas nécessairement adaptés. (...)

La situation affecte donc également les surveillants pénitentiaires. "Un collègue me disait récemment : ’J’ai l’impression de travailler dans une bouilloire’", rapporte Wilfried Fonck. Entre les longues rondes dans des bâtiments surchauffés, les uniformes peu adaptés aux fortes températures et le port du gilet pare-lames, les surveillants subissent des conditions de travail dégradées. Le tout dans un contexte de pénurie persistante de personnel, avec quelque 5 000 postes de surveillants pénitentiaires aujourd’hui non pourvus, selon les syndicats. (...)

deux leviers apparaissent incontournables : rénover des bâtiments largement inadaptés aux nouvelles réalités climatiques et réduire une population carcérale qui atteint des niveaux records.

Un constat partagé par Wilfried Fonck, dont le syndicat plaide pour un recours accru aux aménagements de peine et aux alternatives à l’incarcération. "On ne peut que tirer les sonnettes d’alarme et proposer des solutions", conclut-il. "Mais s’il n’y a pas une volonté politique derrière pour faire bouger les lignes, cela va être très difficile."


jolienvandegriendt, CC BY-SA 2.0, via Wikimedia Commons