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Club de Mediapart/ B. Girard "Au lieu de se surveiller, l’éducateur surveille les enfants et c’est leurs fautes qu’il enregistre et non les siennes." (J. Korczak)
Au collège, les caméras de surveillance contre la canicule
#EducationNationale #urgenceClimatique
Article mis en ligne le 25 juin 2026
dernière modification le 22 juin 2026

Dans des collèges de la Mayenne comme dans tous les établissements scolaires écrasés par la chaleur, les investissements conséquents consacrés à la quincaillerie sécuritaire illustrent l’incapacité des décideurs et sans doute l’aveuglement d’une bonne partie de l’opinion à prendre en compte le changement de paradigme qu’imposent les bouleversements environnementaux.

En Mayenne comme partout ailleurs, les collégien.nes et leurs enseignant.es suffoquent dans les salles de classes où les températures de plus de 30° C sont en passe de devenir la norme à l’intérieur de structures conçues à une époque, pourtant pas si lointaine (les années 70 – 80), où, dans la France de l’Ouest, le climat océanique, considéré comme une constante, semblait être le garant de la fraîcheur de l’été et évitait d’avoir à trop s’inquiéter de l’avenir. Mais l’avenir a débarqué plus vite que prévu dans les établissements scolaires (...)

Il y a peu, on entendait encore un président de la République réclamer la réduction des vacances d’été ou encore un ministre de l’Education nationale (Attal) suggérer de rallonger la journée des collégien.nes de 8 h à 18 h…

Aujourd’hui, dans une impréparation totale qui ne tient pas du hasard mais de choix assumés, l’administration et les élus locaux sont contraints de parer au plus pressé pour organiser les examens dans des conditions à peu près supportables et éviter les fermetures d’urgence qui se multiplient. Choix assumés comme celui du Département de la Mayenne qui, le 6 mars dernier, annonçait avec fracas un investissement de 450 000 euros, non pas pour aider les collèges à s’équiper en ventilateurs, climatiseurs, rideaux, stores etc et à affronter une chaleur qui atteint des niveaux certes inédits quoiqu’annoncés par les chercheurs… mais destiné au déploiement de 128 caméras de surveillance dans les 27 collèges publics dont il est responsable. (...)

avec l’objectif affiché de « garantir un environnement serein pour les élèves, les enseignants et l’ensemble des personnels » (...)

Et depuis 2016, ce ne sont pas moins de 700 000 euros que le Département a investis en quincaillerie sécuritaire (portails, clôtures, digicodes, visiophones etc) aussi inefficace et inutile en termes de sécurité réelle que coûteuse pour le contribuable.

Dispositif pourtant rarement interrogé quant à sa nature et à son efficacité réelle par une opinion publique qui a la fâcheuse tendance à confondre sécurité et surveillance, pas seulement, d’ailleurs, lorsqu’il s’agit de l’école. (...)

Alors que cet épisode caniculaire est source de souffrance pour des millions d’élèves et autant de travailleurs, que le bouleversement climatique ne peut plus être considéré comme une menace imaginaire, à venir, mais comme une réalité présente, tangible, peut-être plus effrayante que ce que l’on imaginait, pourquoi la société ne se donne-t-elle pas les moyens d’y faire face ? Pourquoi concentre-t-elle son attention et ses efforts sur telle menace plutôt que telle autre ?

En décembre dernier, les députés – les représentants des électeurs – ont massivement adopté (411 contre 88) une augmentation de 7 milliards d’euros des dépenses militaires (...) conception étroitement militaire et/ou policière de la sécurité et des choix économiques qu’elle implique, déconnectés du monde réel, du monde qu’on ne veut pas voir. (...)

L’impréparation de l’école à la canicule et plus largement au bouleversement environnemental ne résulte pas d’une simple défaillance administrative. Elle est le symptôme d’une mentalité collective qui, jusqu’à présent, s’est enfermée dans la définition étroite de la sécurité, confondue avec la surveillance et la répression mais également s’est satisfaite d’une image réductrice du danger, compris comme une menace extérieure, militaire…ou migratoire.

La fabrication des mentalités collectives renvoie pour une part – pas unique certes mais bien réelle – à un imaginaire relayé et conforté par un enseignement de l’histoire scolaire encore structuré par le récit des guerres étrangères et de menaces plus ou moins fantasmées, au détriment d’autres pourtant courantes dans un passé marqué par les famines et les épidémies meurtrières ou les caprices du climat. (...)