Insultes, discrimination, violence, meurtres : des experts mettent en garde contre la montée du racisme antimusulman en Allemagne et critiquent les décideurs politiques.
(...) "Ces chiffres ne sont pas que de simples statistiques. Derrière chaque chiffre se cache un visage et derrière chaque incident se cache une histoire", a rappelé Said Etris Hashemi, lors de la présentation d’un nouveau rapport sur les incidents islamophobes et anti-musulmans la semaine dernière à Berlin.
L’homme de 29 ans avait échappé le 19 février 2020 de justesse à l’attentat de Hanau, près de Francfort, lorsqu’un extrémiste de droite a assassiné neuf personnes issues de l’immigration. En revanche, son frère cadet figure parmi les victimes.
Aujourd’hui, ce fils de réfugiés afghans est membre de l’"Initiative du 19 février de Hanau", qui perpétue la mémoire des victimes et lutte contre la xénophobie. (...)
Les meurtres de Hanau ont montré "où peuvent mener l’exclusion, la déshumanisation et les stéréotypes racistes", a lancé Said Etris Hashemi, qui est également président de l’Association des familles et des couples binationaux.
Le "Bilan de la société civile sur le racisme antimusulman" est publié chaque année par la Coalition contre l’islamophobie et l’hostilité antimusulmane (CLAIM).
Le racisme antimusulman en chiffres
Ce document de 90 pages recense 4 096 incidents islamophobes en Allemagne en 2025, soit environ un millier de plus par rapport à l’année précédente (3 080 en 2024) . (...)
Les musulmans ont tendance à être présentés "principalement comme des auteurs de crimes, […] mais pas comme des victimes d’exclusion et de violence", a fustigé Rima Hanano, l’une des responsables de l’organisation. Elle a mis en garde contre les conséquences pour les personnes concernées : être victime de racisme renforce le sentiment de "ne pas être à sa place". Selon Rima Hanano, la confiance dans la politique s’effrite, alors que la lutte contre la discrimination et la violence est au "cœur même de notre démocratie".
Plus largement, elle a noté que le racisme sous ses différentes formes — islamophobie, antisémitisme et xénophobie — atteint "un niveau extrêmement élevé" en Allemagne.
L’organisation CLAIM exhorte les décideurs politiques allemands à renforcer le soutien et la protection des victimes, à améliorer les enquêtes et les poursuites judiciaires relatives aux crimes de haine anti-musulmans et à mettre en place davantage de services d’accompagnement psychologique.
L’espoir repose sur les nouvelles générations (...)
Si pour Said Etris Hashemi, "le racisme antimusulman en Allemagne n’est pas un phénomène marginal, mais une réalité pour beaucoup de gens", il veut rester optimiste : "Pour ma part, je place de très grands espoirs dans la nouvelle génération. Je le constate à la façon dont ils grandissent ensemble, bien qu’ils viennent d’horizons et de milieux différents, tout en partageant un objectif commun, à savoir décrocher leur diplôme. Cela les unit d’une manière tout à fait nouvelle, et c’est pourquoi je suis fermement convaincu que la prochaine génération pourrait même faire mieux que nous."