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Parti pour la décroissance
Le Dakar, la poursuite du colonialisme par d’autres moyens + Pétition : STOP AU RALLYE « DAKAR » !
Article mis en ligne le 16 janvier 2018

Le Rallye Dakar 2018 se tient en Amérique du Sud du 6 au 20 janvier. Paul Ariès revient sur cette opération folle dont les dégâts humains et écologiques sont innombrables.

Les idolâtres du Dakar savent-ils qu’existe un fil rouge entre les premiers circuits coloniaux du XIXe siècle et ce rallye de la honte symbole de tous les conflits ? L’aventurier (sic) au volant de sa voiture, de sa moto ou de son camion sait-il que ses lointains prédécesseurs soutenaient eux aussi « apporter la civilisation » aux barbares ? Aux origines du Dakar se trouvent non seulement le Paris-Dakar mais le Nice-Dakar-Lac Tchad-Congo en motocyclette du début du XXe siècle. Le chroniqueur de La Revue des sports mécaniques ne fait alors pas dans le dentelle : « Je ne suis pas négrophile ! J’aime le bon noir doux et spontané […] Que parmi les noirs, il y ait une élite intellectuelle digne de respect, égale aux blancs, je ne le nie point, mais ce qui nous blesse c’est de voir la généralité de nos “frères noirs” assimilée à nous-mêmes » [1]. Quelques décennies plus tard c’est le raid Brazzaville-Pointe-Noire, toujours vendu comme une « mission » pas encore qualifiée d’humanitaire mais de civilisatrice : « Les indigènes se précipitaient au seuil des cases, regardant curieusement cette caravane pétaradante, des gosses crasseux essaient de courir après nous » [2]. La mission croise bientôt un marabout : « Dieu qu’il est laid ! » mais la moto « crache sa charge meurtrière. Le marabout s’envole. Notre première victime » [3]. (...)

Annulé en 2008 en raison de menaces terroristes, il prend le nom de Dakar et s’exile en Amérique du Sud, après son fiasco dans les Carpates ou le Dakar Serie est autorisé uniquement sur d’anciennes bases militaires (car on ne pouvait se permettre autant de morts…). Le Dakar, c’est toujours l’esprit de (re)conquête maquillé en aventure et en aide au développement, il ne s’agit certes plus de sauver des âmes mais de justifier l’exploitation et le pillage des ressources naturelles. Le Dakar est autant le symbole de l’extractivisme que du pillage financier (la mal nommée dette du tiers monde), sans même parler du pillage sémantique puisque le nom Dakar est devenu une marque déposée par Amaury Sports Organisation, la société qui gère aussi le Tour de France et est propriétaire de L’Équipe. Le Sénégal proteste par la voix de son ministre de la Culture, le chanteur Youssou N’Dour : « Je trouve scandaleux qu’on utilise le nom Dakar pour un rallye qui se fait hors de Dakar et qui ne rapporte rien au pays » [4] . Suite à la création de l’Africa (Eco) Race, il ajoute : « Ni Paris-Dakar, Ni Africa Race, laissez l’Afrique tranquille ! » [5].

Le Dakar c’est la poursuite du colonialisme par d’autres moyens, c’est le fait de considérer les pays pauvres comme des terrains de jeu pour des gosses de riches, c’est, sous prétexte de la « liberté d’excès », comme Coubertin définissait la compétition sportive, une entreprise honteuse dont le but est de vendre toujours plus de 4X4 urbains sous le masque de la bonne conscience occidentale « humanitaire » et « écolo » (...)

en traversant des pays où la majorité de la population manque de tout, c’est un gaspillage d’argent et d’énergie, ainsi qu’un étalage de richesse et de puissance à la gloire des grandes firmes prédatrices de la planète.

le dakar a déjà causé la mort de 59 personnes
Ce rodéo publicitaire est obligé de chercher sans cesse de nouvelles terres à conquérir au regard des pays qui ne l’ont jamais accepté comme l’Équateur ou qui se désinvestissent, comme le Chili, compte tenu des dégâts multiples qu’il occasionne. Un rapport du Conseil chilien des monuments nationaux fait état de 184 sites archéologiques endommagés en trois éditions. Le Dakar a aussi traversé le désert d’Atacama, au Chili, qui est le plus aride au monde, or, « il y a des choses qu’on ne ferait pas dans une église ou dans une synagogue. On ne doit pas les faire non plus dans un désert » [6].

Les accidents et dégâts ne sont pas des dysfonctionnements du Dakar mais des symptômes. (...)

Les mesures de sécurité sont également autant de dispositifs qui visent à contourner la population locale, à la rendre passive sinon invisible, à la façon de ce mariage blanc qu’est le tourisme industriel, prouvant qu’aucune conciliation n’est possible entre les intérêts des autochtones et ceux des touristes fortunés. (...)

Le Dakar entretient pourtant l’illusion de son utilité sociale et même environnementale en achetant l’équivalent de « droits à polluer », sous forme de compensation pour les 42 800 tonnes de CO2 rejetées, soit l’équivalent du déplacement annuel moyen en voiture de 20 000 français. Étienne Lavigne, directeur de la course, n’hésite pas à opposer le Dakar « propre » aux courses de Formule 1 : « Je ne connais pas beaucoup d’épreuves de sports mécaniques qui font quelque chose. Je ne sais pas si monsieur Ecclestone [alors patron de la F1] compense beaucoup par exemple » [10].

Ni Dakar, ni F1, les sports mécaniques sont une machine de guerre contre la planète !

Pétition : STOP AU RALLYE « DAKAR » !