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L’Arctique, soumise au réchauffement climatique, résistera-t-elle à la convoitise des pétroliers ?
Article mis en ligne le 9 avril 2016
dernière modification le 6 avril 2016

L’Arctique se réchauffe rapidement. En février, la température y a grimpé de 5°C au dessus de la moyenne. La fonte des glaces entraîne des réactions en chaîne qui bouleversent les écosystèmes du Grand Nord et leurs habitants. Un désastre pour certains, une aubaine pour d’autres : une ruée générale sur les ressources de l’Arctique – du pétrole aux stocks de poissons en passant par les minerais – se prépare, sur fonds de tensions frontalières. Le sommet international consacré aux forages pétroliers extrêmes qui se tient cette semaine en France et rassemble les grandes compagnies pétrolières, décidera en partie de l’avenir du l’Arctique.

Ces phénomènes climatiques inédits se traduisent, par effet de cascade, en bouleversements écologiques et sociaux, dont les premières victimes sont les Inuit et les autres populations autochtones du Grand Nord. La chasse et la pêche, importantes à la fois culturellement et pour la survie même de ces communautés, deviennent de plus en plus difficiles, aggravant l’insécurité alimentaire qui règne depuis toujours dans la région.

Un Arctique bientôt méconnaissable

L’évolution de la biodiversité, en particulier animale, illustre la profondeur des transformations en cours. Les ours polaires sont touchés de plein fouet par la fonte des glaces, qui constitue leur terrain naturel pour chasser le phoque – source de 90% de leur alimentation. Ils se retrouvent concurrencés par les grizzlys. Leurs interactions de plus en plus fréquentes produisent une nouvelle espèce hybride. Pumas et coyotes s’aventurent également pour la première fois dans le grand Nord canadien sur les traces des cerfs et des élans, leurs proies traditionnelles, désormais mieux adaptés à ces paysages en mutation que les caribous.

La disparition de la barrière de glace permet aux saumons du Pacifique et aux orques de remonter eux aussi vers les eaux de l’Arctique. Ces derniers, jusqu’alors inconnus dans ces contrées, s’attaquent aux narvals et aux bélugas, que les Inuit ont d’autant plus de mal à capturer. Tous ces nouveaux arrivants amènent avec eux des maladies jusqu’ici inconnues dans la région polaire. Des dizaines de millions d’oiseaux migrent chaque été depuis le monde entier vers l’Arctique pour profiter de l’abondance de nourriture et de la lumière, de paysages préservés et de l’absence relative de parasites et de prédateurs. Aujourd’hui, au moins 40% de ces espèces d’oiseaux seraient en déclin.

Certaines espèces animales emblématiques sont ainsi au centre de débats politiques et scientifiques majeurs autour de l’enjeu climatique (...)

L’Arctique a déjà changé plusieurs fois de climat au cours des millénaires écoulés, et l’histoire longue montre que les espèces animales sont capables de s’y adapter. Le problème pour les ours polaires et les caribous est que le réchauffement actuel est beaucoup plus rapide – quelques décennies – que dans le passé. Les changements qui en découlent se conjuguent aux effets de l’activité humaine – la chasse, et surtout les activités industrielles. Forages pétroliers et gaziers, mines, routes, infrastructures et base militaires contribuent à détruire ou déstabiliser davantage des habitats déjà fragilisés.
Le spectre d’un désastre environnemental majeur

Outre les hydrocarbures et les mines, d’autres secteurs économiques, comme ceux de la pêche et du transport, convoitent l’Arctique. (...)

Les compagnies françaises ne sont pas absentes de cette ruée vers le Grand Nord. Le groupe français Total développe en partenariat avec le russe Novatek un énorme projet gazier dans la péninsule de Yamal. Engie (ex GDF-Suez) détient des droits pétroliers et gaziers au large de l’île de Baffin, au Canada. EDF est active dans les eaux norvégiennes via sa filiale Edison. (...)

Le risque d’accidents pétroliers dans l’Arctique s’accroît avec la multiplication des forages. Personne ne dispose des moyens ni des technologiques nécessaires pour y faire face. (...)

Si, entre les États souverains de l’Arctique, tout se règle par le dialogue, il n’en va pas forcément de même vis-à-vis des acteurs extérieurs, comme en témoigne la détention en 2013 par la Russie de trente militants de Greenpeace qui ont tenté d’aborder la plateforme offshore de Prirazlomnoye.

L’Arctique, un bien commun mondial ?

D’autres pays sont venus progressivement rejoindre ce grand ballet géopolitique, à commencer par la Chine. En 2013, le Conseil Arctique a admis comme nouveaux « observateurs permanents » la Chine, mais aussi le Japon, la Corée du sud, Singapour, l’Inde et l’Italie [5]. Autant de pays plutôt éloignés de la région polaire, mais intéressés par ses ressources et ses routes maritimes… Certains acteurs souhaitent l’adoption d’un traité international sur l’Arctique dans le cadre des Nations unies. Ce traité leur apparaît comme le seul moyen efficace de protéger la région dans le contexte de la fonte programmée de la banquise. Une perspective plutôt mal vue par les grands États du cercle polaire, ni par les populations autochtones, qui n’apprécient pas toujours que les écologistes viennent leur donner des leçons. (...)

La COP21 a-t-elle substantiellement changé la donne ? Pas si sûr. À l’invitation de Total, le gratin de l’industrie pétrolière et gazière offshore mondiale se réunit à Pau du 5 au 7 avril pour un sommet international intitulé MCE Deepwater Development. Son objectif reste, selon les militants écologistes, de favoriser l’extension des forages offshore « toujours plus loin, toujours plus profond ». Une coalition d’organisations et de mouvements (dont Bizi !, Attac, les Amis de la terre ou 350.org) appellent à empêcher la tenue de ce sommet, qu’elles jugent « stratégique » pour l’avenir des énergies fossiles et des objectifs affichés par la communauté internationale dans le cadre de la COP21. Si l’avenir de la planète se joue pour partie dans l’Arctique, l’avenir de l’Arctique se joue aussi dans nos choix.